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Interview d’une extrême traileuse: Lizzy Hawker

Interview Lizzy Hawker

Lizzy Hawker a 29 ans en 2005, quand elle se présente pour la première fois, sans expérience, au départ du légendaire Ultra-Trail du Mont-Blanc. 170 kilomètres et 10000 mètres de dénivelé plus tard, elle remporte la course, première victoire d’une très longue série. Surdouée de l’ultra-endurance, elle pousse toujours plus loin la recherche de ses limites, passant des Alpes à l’Himalaya.

Trois fois, elle court d’une traite du camp de base de l’Everest à Katmandou. En parcourant le Népal, pays qu’elle affectionne particulièrement, elle explore ses capacités, son plaisir de courir toujours plus loin mais aussi sa souffrance, ses doutes, ses blessures ; elle explore les limites de la résistance, de la résilience, de l’endurance.

Elle tente de comprendre pourquoi elle court et pourquoi, un jour, son corps épuisé l’a lâchée. Lizzy Hawker est simple, touchante, et d’une féroce ambition. En racontant pour la première fois sa vie de « runner » dans un livre (« Voyage au bout de l’endurance » aux éditions Paulsen paru le 24 mai 2018), elle se révèle écrivain : elle ne cache rien et partage ses plaisirs, ses déboires… et sa recherche intérieure et spirituelle pour surmonter l’épreuve. S’il fallait un seul chiffre pour résumer sa boulimie, Lizzy Hawker détient le record féminin de la distance parcourue en 24 heures : 247 kilomètres !

Qu’est-ce qu’une journée normale pour vous ?

Cela varie beaucoup ! Pendant une grande partie de l’année, je suis surtout mobilisée devant mon ordinateur portable (comme pour un très grand nombre de personnes) à travailler sur l’organisation de l’Ultra Trail Monte Rosa. J’essaie toujours de courir tous les jours quoiqu’il arrive, et de faire du yoga aussi dès que possible. Puis, à d’autres moments, je passe mes journées à explorer de nouveaux chemins, comme par exemple sur le tracé du Manaslu Trail Race et du Mustang Trail Race au Népal, les camps d’entraînement pour l’UTMR et au Népal. Et puis, depuis deux ans, je suis sur les sentiers de l’Himalaya pendant une partie de l’automne, où mon «quotidien» consiste à me déplacer sur des terrains reculés dès l’aube jusqu’à la tombée de la nuit…

Lizzy Hawker au Népal

Quelle a été la période la plus longue que vous ayez eu sans courir ?

J’ai dû faire une pause de six mois pour essayer d’arrêter un cycle de fractures de stress.

Pourquoi courez-vous le trail et non le marathon ou autre «courses sur route»?

J’ai couru toutes sortes de courses, y compris la route. J’ai été sacrée championne du monde sur route du 100 km en 2006 et j’ai détenu le record des 24 heures sur route pendant environ 18 mois, remportant ainsi les championnats du Commonwealth de course absolue. J’aime juste courir, à travers le défi et la variété.

Qu’aimez-vous le plus dans le trail ?

Me déplacer dans les montagnes.

Que détestez-vous le plus ?

Les jours où je ne sors pas ! Parce que sortir pour courir ça me permet de mettre ma vie en perspective, j’en ai vraiment besoin.

Pensez-vous que vous pouvez aller plus loin que vous ne l’avez déjà fait ?

Oui, peut-être d’une manière différente qu’avant, mais la vie est continuellement un processus d’apprentissage et nous nous surprenons nous-mêmes quand nous franchissons les limites que nous nous imposons et essayons quelque chose de nouveau.

Lizzy Hawker à l'Utmb

Que signifie ce livre pour vous ?

C’était l’occasion de partager des histoires et des réflexions avec le lecteur. Je vois ça comme une offrande. La course a souvent été un outil que j’ai utilisé pour explorer, expérimenter, apprendre et vivre. Aujourd’hui j’espère encourager le lecteur à trouver ce qui le pousse à agir, que ce soit pour courir ou non.

Était-ce difficile d’écrire ?

Oui, c’était très difficile à écrire. D’abord parce qu’il est difficile d’écrire sur moi-même. Il m’a fallu faire beaucoup d’introspections et d’aller chercher des choses au plus profond de mon coeur. Ensuite, il est vraiment difficile d’écrire sur quelque chose que j’aime faire et qui était devenu une grande partie de ma vie à une époque où je n epouvais pas le faire. Il faut savoir que ce livre je n’ai eu le temps de l’écrire en grande partie que pendant mes six mois de pause…

Quelle est la prochaine étape pour vous cette année ?

Faire l’Ultra Tour Monte Rosa qui arrive vite ! C’est beaucoup de travail ! Mais c’est ma course et j’y tiens beaucoup. (h

Quelle a été votre plus grosse blessure jusqu’ici ?

J’ai été très chanceuse car j’ai rarement été blessée, à l’exception de la série de fractures de stress.

Comment avez-vous réussi à vous en remettre ?

Physiquement, il est facile de guérir d’une fracture de stress, il suffit d’arrêter le stress (soulager l’os qui porte le poids du corps) et d’attendre. Mais j’ai été prise dans un cycle où il a fallu que je fasse une pause prolongée sans courir afin de guérir. Mentalement, c’était de plus en plus difficile à chaque fracture de stress, de croire que ça guérirait, que je courrai vite à nouveau… Et pourtant, j’ai dû tout reprendre à zéro, chaque kilomètre parcouru me semblait tellement long… Mais je savais qu’au fur et à mesure j’allais pouvoir me remettre à courir cent kilomètres… et même plus !

Comment parvenez-vous à rester en bonne forme?

Pour les courses de longue distance, le côté mental est au moins aussi important, sinon plus, que la préparation physique. Pour le reste, je mange de tout mais avec modération, et j’essaie de garder ma passion toujours aussi brûlante !

Voyage Au Bout De L'endurance, Lizzy Hawker

 Voyage au bout de l’endurance de Lizzy Hawker – Editions Paulsen Tarif : 25 euros. 

Triathlète aventurière - Journaliste du sport et sportive - Formation scientifique en sciences de la nature et de la vie - Rédactrice en chef adjointe