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Golf et lombalgies: gare aux idées reçues!

Golf et lombalgies
Golf et lombalgies

Parmi les idées reçues les plus tenaces concernant le golf, il en est une qui est entretenue même par certains professionnels de santé, à savoir que la pratique du golf entraîne l’apparition de lombalgies.

Par le Docteur Olivier Rouillon, Médecin Fédéral national et Médecin des équipes de France

Si l’on considère les données épidémiologiques disponibles dans la littérature scientifique, on observe :

  1. Que la lombalgie représente 18 à 20 % des « blessures » déclarées par les golfeurs amateurs sur une période de 12 mois (McHardy A et coll, Am J Sports Med. 2007 Aug; 35(8) : 1354-60) ;
  2. Que 8 à 10 % des golfeurs déclarent avoir souffert d’une lombalgie sur une période de 2 ans (Gosheger G & all « Injuries and overuse syndromes in golf » Am J Sports Med 2003).

Ces chiffres sont-ils supérieurs à ceux observés dans la population générale ? Cette question peut aussi se formuler de la façon suivante : le golf représente-t-il un surrisque de lombalgie ?

Que ce soit les données publiées par l’INRS (47 % des travailleurs européens déclarent avoir souffert d’une lombalgie sur une période de 12 mois) ou celles publiées en 2018 dans le Lancet (11 % d’incidence de la lombalgie sur 12 mois au niveau mondial), il semble bien que les données statistiques épidémiologiques invalident cette notion de surrisque liée à la pratique du golf.

Pour analyser ces données épidémiologiques et définir les axes de prévention, il est nécessaire de passer en revue les facteurs favorisants des lombalgies chez le golfeur  (« Risk factors associated with low back pain in golfers : a systematic review and meta-analysis » : Smith & all, Sports Health 2018):

  • Facteurs généraux : ils sont retrouvés quelle que soit la population considérée (golfeurs et non-golfeurs) :
  • l’âge ;
  • les antécédents ;
  • le surpoids ;
  • Les déficits musculaires et proprioceptifs du segment abdomino-lombaire.

Selon l’étude précitée (« Risk factors associated with low back pain in golfers : a systematic review and meta-analysis » : Smith & all, Sports Health 2018), l’âge et le surpoids sont les 2 facteurs les plus importants.

Facteurs spécifiques : ils sont nombreux et peuvent s’analyser au travers de 4 grandes catégories :

Overuse et charges cumulatives : les pathologies ostéo-articulaires liées à la pratique du golf sont le plus souvent la conséquence de microtraumatismes répétés (geste du swing). C’est ce que les Anglo-Saxons nomment les Overuse injuries. La répétition, un grand nombre de fois, d’un geste spécifique est ici en cause, que ce soit chez les joueurs amateurs ou les professionnels. Chez ces derniers, il y a de plus la notion de charges cumulatives, laquelle correspond au très grand nombre d’heures d’entraînement chez ces joueurs de haut niveau (8 à 10 heures par jour si l’on considère le practice, le jeu sur le parcours et la préparation physique). De ce fait, la lombalgie est la pathologie la plus souvent déclarée par les joueurs professionnels et la première cause d’arrêt de la carrière chez ces athlètes. Il convient donc d’être « raisonnable » quant aux quantités d’entraînement et donc de balles tapées au practice hebdomadairement ;

  • biomécaniques : l’analyse biomécanique du swing est aujourd’hui possible avec une grande précision, ce qui permet de cerner les facteurs les plus fréquemment en cause chez les joueurs lombalgiques;
  • la posture :
    • il existe 3 types de posture : en C (avec l’ensemble du dos en cyphose = dos rond), neutre (c’est la posture la plus saine pour la colonne vertébrale), en S avec hyper extension lombaire et cyphose dorsale,
    • cet aspect des choses doit être pris en charge avec le professionnel enseignant avec lequel le ou la joueuse prend des cours ou s’entraîne,
    • une posture neutre et athlétique est ainsi un facteur de prévention des lombalgies mais également un facteur de performance (plus grande facilité à tourner le tronc dans le swing) ;
  • les déficits de mobilité :
    • le déficit de rotation interne de hanche (droite comme gauche chez un droitier) est un facteur favorisant des lombalgies chez le golfeur. (Vad et al., Am J Sports Med. 2004 / Murray et al., Phys Ther Sport. 2009) ;
    • il convient donc, même en l’absence de signes douloureux à ce niveau, de tester de façon bilatérale les rotations internes des coxo-fémorales. Toute asymétrie doit alors être prise en compte. Il sera utile ici de faire appel à un kinésithérapeute qui montrera les exercices pertinents pour lutter contre ces limitations (étirements principalement) ;
    • les déficits musculaires et les anomalies de recrutement musculaire :
    • l’incidence des lombalgies chez le golfeur est inversement proportionnelle à la force des quadriceps. Autrement dit, plus on est puissant au niveau des quadriceps (muscle antérieur de la cuisse), moins on a de risque d’avoir une lombalgie (pour un golfeur). On en déduit facilement que le travail de renforcement des quadriceps est important dans ce cadre et principalement chez les joueurs de bon et de haut niveau,
    • lorsque l’on compare des joueurs lombalgiques avec des joueurs ne présentant aucune douleur à ce niveau, on observe (Sol-Bi Kim et al., Am J Sports Med 2015) :
    • des retards de contraction sur les muscles abdominaux obliques,
    • des diminutions de force et d’endurance sur les muscles para-vertébraux et le transverse de l’abdomen, il est donc nécessaire de proposer un travail de renforcement musculaire sous la forme de gainage et de gainage dynamique, à effectuer dans un premier temps avec un kinésithérapeute puis sous forme d’un programme à domicile 3 à 4 fois par semaine.
  • les déficits de dissociation : 3 types de dissociation sont nécessaires à l’exécution d’un swing de golf :épaules mobiles en rotation sur bassin fixe,
    • bassin mobile en rotation avec épaules fixes,
    • ante / rétro version.
  • Les 2 premières dissociations sont nécessaires à l’exécution d’un swing complet. Le déficit de l’une d’entre elles augmentent les contraintes lombaires à différents moments du swing.
  • La dissociation ante / rétroversion correspond à l’un des aspects de la mobilité lombaire au cours du swing. Il est connu depuis plusieurs décennies que cette dissociation est indispensable et fait partie du programme de base de la rééducation des lombalgies.
  • Le Crunch facteur : il correspond à la phase allant du milieu du downswing jusqu’à l’impact (parfois au-delà) et associe une inclinaison latérale droite du tronc (chez le droitier) avec une rotation du bassin à vitesse très rapide (vers la gauche chez le droitier). Durant cette phase du swing les contraintes au niveau lombaire sont très importantes à droite (chez le droitier).
  • Les anomalies de transfert du poids : ils doivent faire l’objet d’un travail technique avec le pro enseignant du joueur ou de la joueuse :
    • le slide : il correspond au fait de glisser vers le pied avant lors du downswing (phase de descente du club) sans réelle rotation vers la gauche du tronc. Cela entraîne une augmentation des contraintes sur les articulaires postérieures droites chez le droitier ;
    • le pivot inversé : il correspond à l’inversion du transfert de poids avec un swing qui se termine en appui sur le pied droit et non principalement sur le pied gauche. Cela conduit à une augmentation des contraintes sur les articulaires postérieures droites également ;
    • le finish en hyper extension : il correspond à une grande hyperlordose lombaire, très négative pour toutes les articulaires postérieures. Fort heureusement, le swing moderne tel qu’enseigné essaye de limiter cet effet par rapport à ce que l’on pouvait observer il y a quelque 20 ans ;
    • absence d’échauffement correct : c’est un élément que l’on retrouve fréquemment chez les joueurs « de loisir », lesquels préfèrent consacrer plus de temps au jeu, au détriment d’un échauffement indispensable comme dans tous les sports ;
  • Un matériel inadapté : 20 % seulement des pratiquants français jouent avec un matériel adapté (d’où la nécessité d’un fitting afin de choisir les clubs qui correspondent à l’âge, le niveau, la morphologie… du joueur). Dans le même ordre d’idées, le mode de transport du sac peut être en cause, sachant qu’il est préférable d’utiliser un chariot que de porter le sac à l’épaule (surtout en cas d’antécédents rachidiens).

En fait, sous certaines conditions, la pratique du golf va révéler les atteintes dégénératives classiques du rachis lombaire. Le golf n’en est pas la cause, à l’exception de certains cas chez des joueurs professionnels.

Par contre, la pratique du golf est très intéressante dans le cadre de la prévention du vieillissement physiologique du rachis :conserver (dans le cadre du vieillissement) ou améliorer la force musculaire (abdominaux, grands fessiers, muscles postérieurs de la région lombaire…) ;

  • conserver ou améliorer l’extensibilité des tendons et des muscles ;
  • conserver ou améliorer les qualités de proprioception (sens de l’équilibre + sens de position dans l’espace) ;
  • conserver ou améliorer les capacités de dissociation :
    • épaules par rapport au bassin (et inversement),
    • anteversion et rétroversion du bassin (constituent un élément de base de la rééducation des lombalgies depuis plusieurs décennies !).

Enfin, les contraintes mesurées au niveau lombaire durant le swing de golf sont importantes à connaître :

  • elles sont maximales entre 70 % du downswing et l’impact 5 ;
  • elles correspondent à 6 fois le poids du corps chez les amateurs et 7 fois chez les professionnels 6, 7, ceci au niveau du disque intervertébral L5-S1.

Les bons conseils

  • Effectuer un échauffement de 7 à 10 minutes sans les clubs de golf avant de taper vos premières balles. Vous réduirez ainsi les risques de blessure et vous jouerez mieux !
  • Adopter un swing adapté à votre âge, votre morphologie. Voyez cela avec votre pro enseignant qui est le docteur de votre swing.
  • Effectuer un fitting afin d’être certain que votre matériel est parfaitement adapté à votre niveau de jeu, votre âge, votre morphologie… C’est ici qu’intervient le docteur des clubs !
  • Attention à la fréquence des frappes au practice : maximum 3 balles à la minute ! Cela réduit considérablement les risques de blessure.
  • Attention aux excès de practice après une interruption hivernale par exemple ! Il faut reprendre la pratique de manière progressive.
  • Attention au practice sur des tapis reposant sur une surface dure (béton) ! Préférer le practice sur herbe, mais cela n’est pas évident dans de nombreux clubs en France !

Pour conclure

  • La pratique du golf n’est pas responsable des différentes pathologies lombaires, elle ne fait que révéler un état préexistant lié au vieillissement classique du rachis.
  • La pratique du golf a un impact positif vis-à-vis du vieillissement de l’appareil ostéo-articulaire et en particulier de la colonne lombaire.
  • « J’ai des douleurs lombaires donc je ne peux pas jouer au golf » est une idée reçue à combattre, mais il faut accompagner la pratique de notre sport de précautions simples (voir les bons conseils).
  • L’analyse Bénéfices / Risques de la pratique du golf est positive même chez les individus lombalgiques dans la majorité des cas .✱
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