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Les risques infectieux lors de la pratique de la natation en eau libre

Comment éviter les infections en eau libre?
Comment éviter les infections en eau libre?

Les maladies liées à la baignade sont rares, mais lorsqu’elles surviennent il est important d’évoquer les causes et de déterminer la nature de la pathologie infectieuse, car certaines nécessitent des traitements adaptés sans retard.

Par le Docteur Claude Marble, membre de la Commission Médicale de la Fédération Française de Triathlon.

Il est important de noter en préambule que les risques de survenue sont de plus en plus faibles grâce aux contrôles croissants des autorités sanitaires et aux exigences importantes d’obtention du label « zone de baignade » ; en revanche, les risques sont à prendre en compte lors de la natation dans des zones de baignade non contrôlées. On peut de manière non exhaustive évoquer :

Les infections par les germes fécaux

Les germes fécaux proviennent des excréments des oiseaux et des mammifères ou des égouts. Ils présentent un danger quand ils s’accumulent dans les eaux, stagnantes ou pas. Les germes les plus fréquemment retrouvés sont des bactéries (les entérocoques, les entérobactéries – Escherichia coli – , les salmonelles…) et certains virus comme celui de l’hépatite A, les entérovirus…

Le contact avec des germes pathogènes est surtout susceptible de provoquer des maladies ORL (otites externes, pharyngites), cutanées (surinfections de plaies), respiratoires ou digestives (hépatites ou gastro-entérites). Le risque de développer une maladie dépendra de la quantité d’eau ingérée, de la virulence du germe et de l’état de santé de l’individu (pathologie plus grave en cas d‘immunodépression comme on peut le voir chez certains sportifs).

Cependant, toute la difficulté est de savoir si la survenue de symptômes est réellement liée à l’exposition à l’eau polluée ou à une infection d’une autre origine (gastro-entérite alimentaire par exemple…) ; c’est le nombre de cas simultanés qui est l’argument le plus important associé à des circonstances favorisantes (orages avec eaux ruisselantes se jetant dans l’eau de baignade en particulier).

Actuellement, les processus d’analyse de la qualité des eaux de baignade s’effectuent par une quantification de deux germes pathogènes les plus fréquemment retrouvés cités plus haut, les entérocoques et Escherichia coli, car la présence en excès d’un ou de ces deux germes suffit à montrer l’existence d’une pollution à germes fécaux. Les zones de baignade référencées sont soumises à cette surveillance très régulière et sont donc classées selon leur niveau de qualité, les eaux qui ne sont pas dans les normes sont alors interdites. De manière régulière, après les pluies abondantes, les communes interdisent quelques jours la baignade dans les zones autorisées habituellement, quelle que soit la qualité de l’eau lors du dernier prélèvement, car il y a une pollution aiguë secondaire aux déversements des eaux de pluie, souillées, dans ces zones de baignade.

En cas de maladie infectieuse dans une eau suspecte, une consultation médicale doit avoir lieu pour effectuer un diagnostic et juger de l’utilité d’un traitement.

Les algues bleues (production de cyanobactéries)

La présence d’algues bleues dans un lac ne doit pas être automatiquement considérée comme un risque pour la santé. C’est seulement lorsqu’elles se multiplient démesurément que les cyanobactéries ou algues bleues peuvent produire des toxines nuisibles à la santé. Quand les algues bleues se retrouvent en grande quantité dans un lac, elles forment une fleur d’eau qu’il est facile de reconnaître par une étendue verte (et non pas bleue) ou turquoise pouvant ressembler à de la peinture, ou bien à une soupe de brocolis ou une soupe aux pois. Les algues bleues peuvent envahir toute la superficie d’un lac ou une partie seulement.

Un contact avec les algues bleues peut causer l’irritation des yeux, de la peau et des oreilles. Par contre, si l’on avale de l’eau contaminée, les symptômes peuvent être les suivants : nausées, vomissements, douleurs abdominales et diarrhée. Si les algues bleues sont très abondantes, leur ingestion peut affecter à plus ou moins long terme le foie ou le système nerveux. Ces symptômes peuvent survenir 24 à 48 heures après avoir bu l’eau contaminée. Les enfants risquent plus d’être infectés par les algues bleues, car ils avalent souvent de l’eau en se baignant. Une consultation médicale doit avoir lieu après ce type d’exposition et l’apparition de symptômes.

Les algues rouges et brunes en mer (ou Infection à l’algue Ostreopsis ovata)

L’Ostreopsis ovata est une algue monocellulaire signalée de plus en plus fréquemment en Méditerranée, synthétisant une toxine appelée palytoxine. Elle peut entraîner, lorsque les concentrations en toxines dans l’eau deviennent importantes, des épisodes aigus respiratoires avec fièvre ou des irritations, accompagnées de toux et autres problèmes respiratoires. Les symptômes peuvent survenir même sans boire l’eau, mais par la seule inhalation d’embruns. Une consultation doit avoir lieu en cas de troubles secondaires à une exposition proche d’eaux
contaminées.  Dans le cas d’une présences d’algues vertes et rouges importantes, la baignade est déconseillée.

La dermatite du baigneur

La « dermatite du baigneur » est une affection de la peau causée par des larves que l’on retrouve sur certaines plages. Ces larves proviennent des excréments des oiseaux aquatiques, tels que les canards qui contaminent les escargots en bordure du rivage. Ces petites larves portent le nom de « cercaires » et sont presque impossibles à voir à l’œil nu. Lors de la baignade, les cercaires se collent à votre peau jusqu’au moment où vous sortez de l’eau. Sous l’action du soleil, la peau s’assèche et les cercaires piquent votre peau pour y pénétrer.

De petites plaques rouges apparaissent alors. Après plusieurs heures, elles gonflent pour ressembler à des piqûres d’insectes. Des démangeaisons plus ou moins intenses apparaissent ensuite et peuvent durer plus de 10 jours. Cette affection de la peau n’est pas grave et n’est pas contagieuse. Un traitement symptomatique suffit pour calmer les troubles. L’existence de ce type de problèmes dans certains lieux de baignade ne donne pas lieu à des interdictions.

La leptospirose

La « leptospirose » désigne une maladie infectieuse transmise accidentellement à l’homme à partir d’un vecteur animal (rongeurs, chiens, bovins, chevaux, porcs…) et  due à une bactérie de la famille des leptospires. Elle se transmet par le contact de la peau ou des muqueuses (ORL, conjonctive oculaire) avec de l’eau douce contaminée par l’urine de ces animaux infectés. La présence de plaies cutanées même minimes facilite la pénétration des bactéries, mais une peau ramollie au contact prolongé de l’eau peut tout à fait laisser pénétrer ces dernières.  La maladie chez l’homme bien que souvent bénigne peut être sévère, pouvant conduire à des séquelles neurologiques et à une insuffisance rénale grave, voire mortelle dans certains cas.

C’est une maladie de répartition mondiale, à dominante tropicale, touchant en France métropolitaine quelques centaines de personnes par an, beaucoup plus fréquente dans les départements d’outre-mer avec une recrudescence en été et en automne liée à la chaleur et aux précipitations. Certaines professions (vétérinaires, agriculteurs, éleveurs, égoutiers, éboueurs…) et les personnes pratiquant des loisirs nautiques (natation en eau libre, baignade, canoë-kayak, pêche, chasse, canyoning…) sont plus particulièrement exposées.

L’incubation, silencieuse, dure de quelques jours à 3 semaines puis apparaissent les signes de la phase initiale avec une fièvre supérieure à 38,5 °C, des céphalées, des douleurs musculaires faisant penser à un syndrome grippal. La prise d’antibiotiques peut faire régresser ces symptômes rapidement, le diagnostic de leptospirose pouvant même ne pas être évoqué. Néanmoins, la réapparition de la fièvre vers le 15e jour constitue la deuxième phase très évocatrice de la leptospirose et surtout de son évolution vers une forme grave et profonde (rénale, cutanée, neurologique, syndrome hémorragique, etc.). Toute fièvre persistante chez une personne nageant en eau libre doit l’amener à consulter son médecin et le diagnostic de leptospirose doit être évoqué et recherché. Il existe un vaccin contre la leptospirose (qui ne protège pas à 100 %) dont la prescription peut être discutée avec son médecin selon l’importance du risque lié aux habitudes du sportif.  ✱

LES MESURES DE PREVENTION

Afin de diminuer le risque de survenue de ces rares maladies, on peut proposer les précautions suivantes :

  • Eviter le port des lentilles non jetables pendant la natation, la projection d’eau sur les lentilles augmente le risque infectieux (ou utiliser des lentilles jetables) ;
  • Utiliser le port de chaussons aux abords du site de baignade, pour éviter le contact direct de la boue et de la vase ;
  • Traiter et protéger les plaies (notamment entre les orteils) ;
  • Eviter de se baigner en milieu naturel pendant et après les orages ;
  • Passer sous la douche après la phase de natation ;
  • Eviter la baignade et l’entraînement dans les zones de pullulation de rongeurs ou dans des zones suspectes (eaux stagnantes) ;
  • Eviter le contact avec le cadavre d’animaux morts (ne pas retirer des animaux morts de l’eau à mains nues !) ;
  • Rincer et sécher les combinaisons après la compétition ;
  • Eviter de boire l’eau de baignade lors des phases de natation.

En cas de troubles digestifs importants et surtout de fièvre, il faut consulter un médecin rapidement.

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