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Xavier Thévenard: « Avant de penser à performer, il faut être en bonne santé! »

Xavier Thévenard, triple vainqueur de l'UTMB
Xavier Thévenard, triple vainqueur de l’UTMB

À 31 ans, Xavier Thévenard s’est fait un nom dans le milieu de l’Ultra-trail. Triple vainqueur de l’UTMB (2013, 2015 et 2018), il fait partie des professionnels les plus doués et respectés du milieu. Originaire de l’Ain, il s’est d’abord mis au ski de fond et au biathlon avant de chausser les baskets pour gravir les plus beaux sommets de France. C’est ainsi qu’il s’est adjugé sa 2e victoire sur les 90 kilomètres du Mont-Blanc (6 220 mètres de dénivelé positif) le 28 juin dernier.

Propos recueillis par Juliette Raudrant

En quoi consiste la préparation d’un ultra-traileur ?

Il y a plusieurs phases, comme dans toutes les disciplines d’endurance extrêmes. Il y a des phases de préparation importantes où, en termes de volume horaire, c’est très conséquent, et puis il y a d’autres phases de récupération. Sur des grosses semaines, ça peut aller jusqu’à 40 heures d’entraînement, et puis il y a des semaines un peu plus cool d’une dizaine d’heures pour faire du « jus ». Il n’y a pas vraiment d’entraînement type en ultra-trail, ça dépend de l’individu. C’est avant tout une question de feeling, d’équilibre… quand tu as conscience de tes sensations, c’est là que tu as tendance à progresser. Il faut savoir adapter son entraînement au jour le jour en fonction de sa forme et de ses sensations. Si on veut trop maîtriser la chose plutôt que de s’écouter, je pense que c’est prendre le risque de se tromper.

L’hiver, je fais du ski de fond pour compléter ma préparation et c’est une chance, car c’est un sport très complet.

À quoi ressemble une semaine d’entraînement ?

Il faut faire des kilomètres et des kilomètres de course à pied, avec du dénivelé positif et négatif bien sûr. Ça ne sert à rien de faire du fractionné sur des sprints de 100 mètres quand on prépare une course de plus de 170 kilomètres. Il faut que l’entraînement soit logique en fonction de l’échéance que tu prépares. Moi, je fonctionne par blocs avec parfois plus d’intensité, d’autres fois plus de force, des séances d’endurance avec des heures au compteur à vélo ou à pied. Il n’y a pas de semaine type, et même si je prévois une séance spécifique, si je sens qu’à l’échauffement je ne me sens pas bien, je ne la ferai pas, pour éviter de mettre plus de temps à récupérer.

Le mental est également très important, c’est pourquoi à l’entraînement il faut déjà trouver de bonnes motivations pour que ça se répercute sur des longues épreuves où tu peux en avoir marre après 13 heures de course. Si tu sais pourquoi tu es là, tu arriveras à aller au bout.

Comment faites-vous pour éviter les blessures ?

Je ne me blesse pas souvent. Je pense que mon corps est habitué, car je cours depuis que je suis très jeune. Je pense qu’une bonne alimentation m’aide aussi à bien récupérer et à éviter les blessures. Et puis, je dors beaucoup et me repose en fonction de ma fatigue, surtout après une grosse course.

Comment gérez-vous votre alimentation au quotidien ?

Pour moi ce n’est pas une contrainte. Même, je me suis instauré un régime alimentaire sans gluten et sans lactose. Je mange principalement des fruits et des légumes qui sont la base de mon alimentation, des protéines également, très peu de viande, environ une fois par mois, et très peu de glucides.

Comment gérez-vous votre récupération entre 2 courses ?

Après un ultra-trail, je reste assez cool pendant quelques jours pour me remettre, car 170 kilomètres de course, ce n’est pas évident à récupérer. Je sais où en est mon corps au niveau de la fatigue grâce à la variabilité de fréquence cardiaque. En fonction de ces données et de mes sensations, je vais reprendre progressivement des activités douces comme le vélo, la marche tranquille en montagne… c’est régénérant et très bon pour la récupération, le tout en mangeant des aliments très alcalins pour tamponner l’acidité et l’inflammation engendrées par la course.

De plus en plus de monde se lance dans l’ultra-trail, comment expliquez-vous cela ?

Je pense que les gens viennent y chercher de vraies valeurs. Nous sommes tous à la base des chasseurs-cueilleurs qui aimons bouger ; or, dans la société actuelle, nous sommes beaucoup plus présents assis derrière nos écrans d’ordinateurs, de manière plus sédentaire. Avec le trail, on retrouve justement ce rapport à la nature, avec l’envie de se lancer des défis et de nouvelles aventures. Aujourd’hui, on est un peu trop coupé du monde, le trail permet de retrouver une certaine liberté et de fuir ce quotidien.

Que préférez-vous dans cette discipline ?

Ce qui nous motive le plus dans cette discipline, c’est d’être dehors, en plein air et qu’on y va à fond. Et puis, on en revient à ce côté aventure et liberté qui est très fort dans ce milieu. C’est plus la pratique que la compétition qui compte d’ailleurs dans ce sport. Même en phase de repos quand il faut gérer la récupération, plutôt que de courir, je vais aller à la cueillette aux champignons pour me retrouver dehors et toujours en faisant une activité qui me fait du bien.

Jusqu’à quel âge pensez-vous continuer à ce rythme ?

En compétition je ne sais pas… Pour moi, la course à pied et l’activité physique sont un mode de vie ancré en moi depuis très longtemps donc je ne me vois pas arrêter. Même si je devais être moins compétitif au fil du temps, je mettrai toujours des dossards pour le plaisir de la course. Ce qui est clair, c’est que je continuerai de pratiquer la course à pied au quotidien, car c’est ce qui me rend heureux. L’activité physique m’apporte du bien-être physique et psychique, tout cet aspect « santé » est important pour moi. Avant de penser à performer, il faut être en bonne santé, ce qui est notre but avant tout. ✱

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