Canal tarsien : une douleur de pied oubliée

Vous avez mal sous la voûte plantaire en marchant ou en courant ? Les radios, scanner et IRM ne montrent rien ? Mais vous n’avez pas rien ! C’est probablement un canal tarsien. Explications et solutions !

Au niveau de la cheville, le petit nerf donnant la sensibilité de la voûte plantaire passe derrière le tibia. C’est le nerf tibial postérieur. Il fait poulie en arrière de la bosse osseuse située à la face interne de la cheville, la malléole médiale. Il peut être irrité de deux manières. Premièrement, il arrive qu’il soit contus puis coincé au sein de tissus épais et fibreux. Le plus souvent, il s’agit d’une cicatrice à la suite d’une impaction après entorse de cheville : le ligament externe se déchire, les os de la face interne se cognent violemment.

LE NERF MENANT À LA VOÛTE PLANTAIRE SOUFFRE EN ARRIÈRE DE LA CHEVILLE

Deuxièmement, la branche nerveuse est parfois victime d’un étirement chronique. Cette traction survient lorsque la voûte plantaire s’écrase… on parle de « pronation ». Ce phénomène survient plus volontiers en cas de pieds plats. Compression, contusion, coincement ou tension, ce nerf tibial postérieur ne tarde pas à se manifester en véhiculant des informations désagréables : fourmis ou paresthésies, brûlures puis douleurs !

Vous avez un canal tarsien…

Le plus souvent, vous pratiquez la course à pied ou la randonnée. À cause de vos parents 😊, vous avez les pieds plats ! À cause de votre manque de tonicité et de technique, vous êtes pronateur… trop pronateur. Lors de la phase de déroulé plantaire, votre voûte s’écrase, votre cheville bascule vers l’intérieur. Votre pied devient encore plus plat… Ce mécanisme étire votre nerf tarsien et provoque un frottement de sa gaine sur la poulie de la bosse osseuse du tibia.

COURSE, PIEDS PLATS, PRONATION
DÉCHARGE EN TAPOTANT LA ZONE IRRITÉE

Plus vous courez ou plus vous marchez, plus ça brûle sous la voûte plantaire. Le signe de Tinel se montre particulièrement caractéristique. Votre médecin du sport comprime ou tapote le siège de la compression ou de l’irritation derrière la poulie osseuse et déclenche une douleur locale et surtout une irradiation sous le pied. Votre thérapeute confirme qu’il ne s’agit pas d’une souffrance du tendon tibial postérieur qui coulisse sur le même trajet. Son testing est indolore et il ne manque pas de force. L’examen complémentaire incontournable est l’EMG ou « électromyogramme ». Il consiste à évaluer la conduction du nerf. Le plus souvent, ce test met en évidence la souffrance du nerf. 

L’ÉLECTROMYOGRAMME CONFIRME LA SOUFFRANCE DU NERF

Dans de rares cas, malgré le diagnostic clinique évident, il reste négatif car les fibres nerveuses abîmées sont trop fines ou agressées de façon trop intermittente.

Une échographie permet parfois de constater le gonflement du nerf et l’apparition d’une douleur lorsque la sonde appuie au bon endroit.

Traiter la cause et la conséquence !

Initialement, il faut traiter la cause. La première étape est passive, la seconde est active. En clair, on vous prescrit une semelle comportant un soutien de voûte associée à une chaussure de running stable à axe droit. Classiquement, ces modèles sont dits « anti-pronation ».

SEMELLES À SOUTIEN DE VOÛTE
CHAUSSURES ANTI-PRONATION
FOULÉE PLUS TONIQUE 

Parallèlement, on vous invite à travailler un déroulé plantaire ou une foulée plus tonique et à réduire l’attaque par le talon qui sidère la stabilisation dynamique. Le plus souvent, cette stratégie est suffisante. Après quelques mois, il arrive même que l’amélioration des appuis permette de se passer des semelles puis d’opter pour des chaussures plus légères. Parfois, l’irritation du nerf s’est emballée, la conséquence s’est autonomisée. Dans ces circonstances, l’inflammation se montre délétère et agressive pour le nerf. Il est impératif de l’apaiser. Les comprimés suffisent rarement, les crèmes locales encore moins. La mésothérapie qui injecte ces produits dans l’épaisseur de la peau en regard de la zone lésée peut être tentée. Cependant, une infiltration experte sous échographie reste le geste le plus efficace. L’imageur dépose quelques gouttes au voisinage de la zone en souffrance. Le volume injecté revêt aussi une action mécanique. Il dilacère le tissu rigide qui contribue au décoincement du nerf. Exceptionnellement, une opération se révèle nécessaire. Le chirurgien nettoie la fibrose locale et libère le nerf afin qu’il puisse coulisser plus librement.  Dans tous les cas, les conseils de matériel et de foulée sont indispensables pour éviter la récidive.

Dr Stéphane Cascua

Triathlète adepte du cardiotraining et de la musculation - Médecin du sport - traumatologue du sport - nutritionniste du sport - diplômé en entraînement du sportif - Rédacteur en chef

Triathlète adepte du cardiotraining et de la musculation - Médecin du sport - traumatologue du sport - nutritionniste du sport - diplômé en entraînement du sportif - Rédacteur en chef