Nager, c’est bien, croiser, c’est mieux

La natation est empreinte de toutes les vertus santé ! L’apesanteur, l’horizontalité seraient miraculeuses pour le dos et les articulations ! Et s’il fallait un peu de contraintes pour s’adapter aux contraintes ?   

La natation engage l’ensemble de l’appareil locomoteur, les bras, les jambes et même le buste qui ondule ou gaine la colonne vertébrale. Voilà qui sollicite le cœur, qui doit envoyer du sang oxygéné à l’ensemble de la masse musculaire. Voilà qui consomme un maximum de sucre et de graisse. C’est un excellent sport d’endurance ! Logiquement, la natation renforce et coordonne tout le corps ! Elle a cependant quelques inconvé­nients ! Elle ne constitue pas le sport idéal et mérite d’être complétée par d’autres pratiques !  

Les inconvénients de la natation !  

La première faiblesse de la natation est l’apesanteur et l’absence d’impact. En effet, ces microtraumatismes osseux et tendineux sont indispensables pour stimuler l’adaptation des tissus. Des études mettent en évidence que les jeunes nageuses de haut niveau passant plusieurs heures par jour en bassin présentent une densité osseuse inférieure à celle de leurs copines sédentaires. Ce constat est dommageable au cours de l’adolescence car cette période correspond à la fenêtre biologique de la densification osseuse. Les jeunes ont jusqu’à 20 ou 25 ans pour capitaliser de la solidité osseuse. Cette période constitue un vrai placement pour éviter les fractures tout au long de la vie, notamment après la ménopause. De la même manière, après cette phase de déclin hormonal, la natation ne prévient pas l’aggravation de l’ostéoporose. Par son mécanisme et non par son intensité, on peut comparer le déconditionnement tissulaire provoqué par la flottaison aux pathologies d’apesanteur vécues par les astronautes à leur retour de la station orbitale.

PAS D’IMPACT, PAS DE DENSIFICATION OSSEUSE 

L’horizontalité est une autre caractéristique de la natation qui limite le transfert des acquis locomoteurs vers la vie quotidienne… voire perturbe l’adaptation cardio-vasculaire à la verticalité ! Concernant les muscles et les articulations, les chaînes musculaires de stabilisation et de propulsion ne sont pas du tout identiques. Le soutien de la colonne vertébrale n’a rien à voir ! La natation permet une activité physique et une mobilisation douce de la colonne vertébrale mais ne participe pas activement à la rééducation du mal de dos. Cette pratique est d’ailleurs absente des grands protocoles de réhabilitation rachidienne en cas de lombalgie.

SI VOUS AVEZ MAL AU DOS : NAGER PERMET DE GARDER LA FORME, NAGER NE PARTICIPE PAS VRAIMENT À VOTRE RÉÉDUCATION

Au sujet des membres inférieurs, le constat est similaire. Bien sûr, nager avec des palmes va travailler l’endurance et un peu la force des cuisses. Cependant, le mouvement est réalisé sans appui, on dit en « chaîne ouverte », sans transfert véritable vers le mouvement de propulsion en appui de la marche, des escaliers, de la course et du saut, on parle de « chaîne fermée ». Coordinations et masses musculaires impliquées sont bien différentes, plus amples et plus complexes. Voilà qui limite considérablement son intérêt pour acquérir un bon confort articulaire dans la vie quotidienne et pendant le sport !

NAGER MUSCLE LES CUISSES. NAGER N’AMÉLIORE
NI LA MARCHE NI LA COURSE NI LE SAUT

À propos du système cardio-vasculaire, quelques remarques s’imposent. En position horizontale, les jambes se vident aisément du sang qui y circule. Le liquide rejoint plus facilement les gros vaisseaux, les cavités cardiaques et le cerveau qui enregistrent une hyperpression. Le système nerveux réflexe demande au cœur de pousser moins fort. La fréquence cardiaque diminue, c’est la fameuse « bradycardie d’immersion » majorée par l’eau froide. Pour réduire cette hyperpression vasculaire perçue, le rein réabsorbe moins d’eau ! D’où la miction plus urgente au sortir de la piscine. En pratique, les nageurs de haut niveau présentent souvent une fréquence cardiaque de repos plus basse que les coureurs et parfois quelques malaises en se redressant rapidement : il s’agit alors de « l’intolérance orthostatique ».

La natation, un ingrédient du cocktail santé forme !

Nager, c’est formidable ! C’est effectuer une activité cardio­vasculaire et musculaire engagée ! Il faut juste compléter ! Concernant l’impact osseux, la course à pied est la bienvenue ! Les balades avec des bâtons sous forme de marche nordique, de randonnée ou de trail ajoutent des microtraumatismes des membres supérieurs qui participent à la densification osseuse des bras et de la colonne. En fonction de ses envies et de son âge, chacun y mettra la terminologie de son choix !

FOOTING ET MARCHE BÂTONS. MUSCULATION POIDS
DE CORPS ET CHARGÉE COMPLÈTENT LA NATATION

Au sujet du mal de dos et des douleurs articulaires, la verticalité et les contraintes newtoniennes constituent des spécificités progressives mais indispensables pour retrouver du confort dans la vraie vie ! Ainsi, conformément aux grandes études sur le reconditionnement, le renforcement musculaire est néces­saire. Il commence à poids de corps avec des mouvements simples. Il s’oriente progressivement vers des exercices chargés sollicitant des schémas moteurs plus complexes mais plus proches de la manutention quotidienne ou professionnelle, sans oublier la gestuelle spécifique du sport pratiqué. Au cours de toutes ces activités, le système cardio-vasculaire renoue avec les flux sanguins propres à la verticalité et retrouve une bonne adaptabilité au redressement…

LE TRIATHLON COMME UN CHEMIN… 

Dans ce contexte, le triathlon se profile comme un chemin physiologique, biomécanique et même ontogénétique, voire phylo­génétique. Au commencement était la natation : le milieu aquatique pour ne pas dire utérin ou marin, l’apesanteur, le travail en chaîne ouverte du membre inférieur. La première transition, c’est la sortie de l’eau, la contrainte de la gravitation mais encore penché en avant et en appui sur tous ses membres comme un bambin qui se déplace à quatre pattes ou un tétrapode quittant la mer il y a 380 millions d’années. Sans oublier le travail des jambes en chaîne « semi-fermée »… sur un appui mobile, la pédale. La deuxième transition, la reprise de la course, c’est la verticalité complète imposant la maîtrise dynamique d’un équilibre instable… à la manière du loupiot qui marche de mieux en mieux ou comme Orrorin qui accède à une fragile bipédie il y a 6 millions d’années, suivi d’Homo erectus qui court aisément il y a 2 millions d’années. Et, bien sûr, cette fameuse « chaine fermée », un pied propulsif fixé au sol… comme dans la vraie vie ! Bref, le triathlon pourrait incarner cette complémen­tarité… et l’évolution naturelle de la natation 

Dr Stéphane Cascua

Triathlète adepte du cardiotraining et de la musculation - Médecin du sport - traumatologue du sport - nutritionniste du sport - diplômé en entraînement du sportif - Rédacteur en chef

Triathlète adepte du cardiotraining et de la musculation - Médecin du sport - traumatologue du sport - nutritionniste du sport - diplômé en entraînement du sportif - Rédacteur en chef