Blandine L’Hirondel : « En médecine comme en trail, tout est une question d’équilibre »

Et si les meilleures leçons de santé venaient du terrain ? Gynécologue-obstétricienne et figure incontournable du trail mondial, Blandine L’Hirondel met son expérience de médecin et d’athlète au service d’un même objectif : mieux comprendre le corps des femmes pour mieux les accompagner. Double championne du monde de trail (2019 et 2022), victorieuse de la mythique Diagonale des Fous® en 2025 et plusieurs fois sacrée championne de France, elle continue d’écrire son histoire. Elle vient de s’imposer sur les 55 km de l’UltrAriège Pyrénées®, franchissant la ligne d’arrivée en tête du classement scratch, devant les hommes. Prochain grand défi : l’UTMB®, dont elle prendra le départ le 28 août. De la prévention aux enjeux de la haute performance, en passant par la grossesse, la ménopause ou les troubles liés au surentraînement, elle plaide pour une meilleure prise en compte de la santé féminine à toutes les étapes de la vie, avec une conviction forte : performance et santé ne s’opposent pas, elles se construisent ensemble.

Blandine L’Hirondel, comment la médecine et le sport de haut niveau se nourrissent-ils au quotidien ?

C’est pendant mes études en gynécologie, lors de mon internat  à La Réunion, que je me suis découvert une passion pour le sport et particulièrement pour le trail. Depuis, ces deux univers ne m’ont jamais quittée. J’ai continué mes études en pratiquant du sport qui a pris une place de plus en plus importante, jusqu’à faire du haut niveau.

Pratiquer mon métier de gynécologue-obstétricienne tout en pratiquant intensément le sport m’a permis de me retrouver confrontée à toutes les problématiques de la femme sportive.

Cette année, je me suis impliquée dans la médecine du sport et j’aimerais développer une carrière de gynécologue du sport pour les athlètes de haut niveau comme pour toutes les femmes.

Votre regard sur la santé féminine a-t-il évolué grâce à votre expérience sportive ?

Je n’étais pas du tout sportive en commençant mes études de médecine. Au fur et à mesure de ma pratique, je me suis ouverte sur les bienfaits du sport que l’on ne nous enseignait pas du tout. Pour moi, il n’y a pas de meilleur traitement préventif et curatif dans certains cas. Mon regard a beaucoup évolué et je conseille toujours à mes patientes de pratiquer une activité physique, quels que soient leur âge ou leur pathologie. Je trouve que nous ne sommes pas assez formés sur ce sujet pendant les études, en tout cas à mon époque, et j’en suis assez déçue. Avec ma pratique de haut niveau, je me rends compte que dans la vie en général tout est question d’équilibre. Le sport pratiqué à l’excès peut entraîner des conséquences négatives sur la santé féminine. La disparition des cycles menstruels en fait partie, souvent causée par des déficits énergétiques à cause d’un surentraînement. Je reste la première à promouvoir l’activité physique à toutes les femmes, quelle que soit leur période de vie, mais je reste vigilante aux éventuels signes de dérèglement.

Quels sont les sujets encore trop peu abordés lorsqu’on parle de sport féminin ?

L’aménorrhée est un sujet un peu trop banalisé à mon sens. C’est beaucoup trop fréquent, je m’en rends compte depuis que je fais du haut niveau et je trouve ça choquant. Ça touche 30 % des femmes sportives d’après les études mais j’ai plutôt l’impression que ça concerne plus de la moitié des femmes que je croise. Elles pensent souvent que ce n’est pas grave par manque d’informations, alors qu’il peut y avoir des con-
s­équences à long terme. Ce n’est pas tabou, on en parle de plus en plus mais ça reste un peu banalisé. La ménopause est également un sujet mal traité. Les symptômes (prise de poids, douleurs articulaires, variations d’humeur…) sont considérés comme un frein à l’activité physique, alors que le sport permet de les atténuer. Les femmes sont un peu trop oubliées à partir d’un certain âge. On n’ose pas assez en parler. Il faut trouver la meilleure façon de continuer à s’entraîner pour combattre ces effets. Il ne faut pas penser que les femmes deviennent trop fragiles à partir d’un certain âge. C’est en donnant des impacts que l’on stimule le renforcement osseux en cas d’ostéoporose, par exemple. Toutes ces idées reçues doivent être mieux traitées.

Comment parvenez-vous à concilier performance, vie professionnelle et équilibre personnel, sans céder à la quête du « toujours plus » ?

Pendant cinq ans, j’ai concilié mon internat et ma carrière de sportive de haut niveau. J’avais un planning millimétré où chaque heure de la journée était rentabilisée. La question d’arrêter mes études ne se posait pas, je suis trop passionnée par mon métier. La pratique du sport représentait un équilibre et m’a permis de mieux vivre mes études et d’être plus épanouie. J’ai développé la même exigence dans ma vie professionnelle que dans ma pratique sportive de haut niveau. Aujourd’hui, je fais une pause professionnelle pour ne pas prendre de risque dans mon métier.

Votre victoire à la Diagonale des Fous® montre qu’il est possible d’exceller dans deux carrières particulièrement prenantes. Quel regard portez-vous sur la place des femmes dans le sport de haut niveau ?

Le trail est un sport assez jeune qui vit avec son temps où les femmes n’ont pas à se plaindre au niveau de l’équité homme/femme concernant les primes. J’aimerais qu’il y ait plus de femmes sur les ultra-trails, même au niveau amateur. Physiquement et physiologiquement, elles sont tout aussi capables en endurance que les hommes.

Si vous deviez transmettre un seul conseil aux femmes qui souhaitent prendre davantage soin de leur santé grâce à l’activité physique, quel serait-il ?

Il faut pratiquer une activité physique régulière quels que soient l’âge et le niveau. Il est important de s’y mettre de manière progressive en restant à l’écoute de son corps. Il sait très bien s’exprimer quand on en fait trop.

Quels mythes sur le sport féminin aimeriez-vous faire tomber ?

Il n’existe aucune discipline où les femmes ne sont pas capables. La grossesse est également un thème qui me tient à cœur car les femmes peuvent courir pendant cette période. La sédentarité est même dangereuse pendant la grossesse. Il faut faire bouger les mentalités. ✱

Muriel Hatem

Triathlète, marathonienne Directrice de la publicité et du développement

Triathlète, marathonienne Directrice de la publicité et du développement