Lombalgies du jeune golfeur de haut niveau quand faut-il s’inquiéter ?

Chez le jeune golfeur de haut niveau, les douleurs lombaires sont relativement fréquentes et ne doivent pas être banalisées. Le swing de golf impose en effet des contraintes importantes au rachis lombaire, en particulier chez les adolescents en période de croissance.

Par le Docteur Sophie Charrayre, Médecin du Sport, Membre du Bureau de la Commission Médicale Nationale, CMCR des Massues et HCL Croix-Rousse Lyon

La littérature scientifique montre que les lombalgies concernent environ 15 à 35 % des golfeurs amateurs et jusqu’à 55 % des joueurs professionnels. Chez l’adolescent sportif, les douleurs lombaires aiguës ou subaiguës sont souvent considérées comme bénignes. Pourtant, chez le jeune golfeur intensif, elles sont loin d’être exceptionnelles et peuvent traduire une souffrance osseuse réelle. Pendant la croissance, l’os est en remaniement permanent et présente une résistance mécanique moindre. Il est donc plus vulnérable aux contraintes répétées liées à la pratique sportive intensive. Dans ce contexte, les douleurs lombaires ne correspondent pas toujours à de simples contractures musculaires, surtout lorsqu’elles surviennent lors du mouvement ou après l’entraînement. Il est donc important d’accorder une attention particulière aux douleurs rachidiennes persistantes chez l’adolescent. Comprendre les mécanismes de ces douleurs est essentiel pour protéger un rachis en croissance sans compromettre la performance sportive.

Pourquoi le golf sollicite-t-il autant le bas du dos ?

Le swing de golf est un geste complexe et exigeant pour le rachis lombaire. Il s’agit d’un mouvement asymétrique, réalisé à vitesse élevée, qui combine plusieurs contraintes mécaniques : compression, torsion et cisaillement. Les forces de compression peuvent atteindre jusqu’à huit fois le poids du corps. Chaque phase du swing sollicite différemment la colonne lombaire. Pendant le backswing, le rachis est soumis à des mouvements d’extension et de rotation. Lors du downswing, les contraintes augmentent brutalement et peuvent provoquer des douleurs du côté dominant. Enfin, la phase du follow through et du finish est particulièrement exigeante car elle associe décélération rapide et extension lombaire importante. Chez l’adolescent golfeur de haut niveau, c’est souvent cette phase de finish qui génère les contraintes les plus importantes. Elle sollicite particulièrement une zone fragile de la vertèbre appelée « isthme vertébral », structure située entre les parties antérieure et postérieure de la vertèbre.

La lyse isthmique : la blessure du jeune golfeur

La lyse isthmique correspond à une fracture de fatigue de l’isthme vertébral. Environ 5 % de la population générale présente une lyse isthmique, souvent sans le savoir. Dans 85 à 90 % des cas, elle touche la vertèbre lombaire L5. Cette zone représente un point de faiblesse mécanique où les contraintes répétées en extension peuvent provoquer une fracture progressive, selon un mécanisme parfois comparé à un effet de « coupe-cigare ». Chez le jeune golfeur, plusieurs facteurs expliquent le risque accru :

  • Un rachis encore en croissance ;
  • Un entraînement intensif (attention au surentraînement) ;
  • La répétition du geste sportif ;
  • Une grande souplesse lombaire, notamment chez les jeunes filles, favorisant l’hyperextension au finish.

Les symptômes typiques

La douleur liée à une lyse isthmique est généralement mécanique. Elle apparaît ou augmente à l’effort et s’améliore au repos. Il n’y a pas ou peu de douleurs la nuit. Elle est souvent :

  • D’apparition aiguë au cours du jeu ;
  • Â Localisée au niveau lombaire ;
  • Â Majorée pendant l’entraînement ;
  • Â Accentuée lors des mouvements d’extension lombaire ;
  • Â Parfois unilatérale. Dans certains cas, lorsque la lyse est présente des deux côtés de la vertèbre, celle-ci peut glisser vers l’avant. On parle alors de « spondylolisthésis ».

L’œdème de l’isthme vertébral : un stade réversible

Avant l’apparition d’une véritable lyse isthmique, il existe souvent un stade précoce et réversible : l’œdème intra-osseux de l’isthme vertébral. Il correspond à une inflammation osseuse localisée, uniquement visible à l’IRM. Ce stade représente un signal d’alerte important car une prise en charge précoce permet souvent un rétablissement total.

Comment fait-on le diagnostic ?

Le diagnostic repose d’abord sur un examen clinique précis réalisé par un médecin. L’imagerie médicale est ensuite souvent nécessaire. Les radiographies peuvent être normales au début. Une IRM peut mettre en évidence une souffrance de l’isthme vertébral. Le scanner permet de préciser si l’isthme est fracturé.

Traitement et prise en charge

Il est important de ne pas négliger un enfant ou un adolescent qui se plaint de douleurs lombaires. Contrairement à certaines idées reçues, les douleurs dites « de croissance » sont rares au niveau lombaire et se situent plutôt au niveau dorsal (maladie de Scheuermann). La prise en charge initiale dure généralement entre six semaines et trois mois. Elle repose sur plusieurs mesures complémentaires. Un arrêt temporaire du golf est souvent nécessaire, avec parfois la possibilité de maintenir uniquement le putting. L’activité sportive est ensuite adaptée progressivement. La rééducation constitue un élément essentiel du traitement. Elle comprend :

  • Un travail de renforcement et de gainage lombaire et des obliques – chaîne postérieure, d’abord statique puis dynamique ;
  • Des assouplissements de la chaîne antérieure du tronc et de la chaine postérieure des membres inférieurs ;
  • Un travail de mobilité au niveau du bassin ;
  • Un rééquilibrage musculaire et un programme de proprioception lombaire. Dans certains cas, un corset lombaire peut être proposé pendant une durée d’environ un mois et demi à trois mois. Lorsque la lyse est très récente, une consolidation osseuse est possible, même si elle reste relativement rare. Un suivi médical est ensuite nécessaire, généralement à six mois puis de manière plus espacée, en particulier lorsque la lyse est bilatérale.

Prévention

La prévention joue un rôle majeur chez le jeune golfeur. L’encadrement de l’entraînement est essentiel. Il est recommandé de limiter le volume de frappe, en particulier sur tapis, et de privilégier la qualité des séances. Les périodes de repos doivent être planifiées et l’échauffement ne doit jamais être négligé. La technique de swing doit également être adaptée. Le matériel doit correspondre à l’âge et à la taille de l’enfant, en évitant les clubs trop lourds ou trop rigides. Il est important de limiter l’hyperextension lombaire au finish, aussi appelée position en « reverse C », et de privilégier un swing plus compact. Enfin, une préparation physique adaptée est indispensable, avec un renforcement des muscles du tronc, notamment des muscles abdominaux profonds et des muscles obliques et lombaires.

Et la scoliose ?

Chez un adolescent (DFN OMS : 10 à 19 ans) qui consulte pour des douleurs lombaires, l’examen médical peut parfois mettre en évidence une scoliose. La scoliose est une déformation de la colonne vertébrale dans les trois plans de l’espace. Elle apparaît le plus souvent à la puberté et touche plus fréquemment les filles. Une composante génétique est souvent retrouvée. D’après les données scientifiques actuelles, la scoliose ne semble pas liée à la pratique sportive ; néanmoins, c’est à cet âge qu’un dépistage est pertinent. Elle peut être dépistée par un examen clinique simple, consistant à demander à l’adolescent de se pencher en avant afin de rechercher une asymétrie du dos appelée « gibbosité ». Le diagnostic est ensuite confirmé et mesuré par une radiographie du rachis entier de type EOS. Lorsqu’une scoliose est diagnostiquée, un suivi régulier est généralement nécessaire. Il n’existe pas de contre-indication globale à la pratique des activités sportives. Au contraire, l’activité physique est recommandée car elle participe au bon maintien musculaire du tronc. Cependant, dans certains cas, cette activité doit être adaptée en termes de gestuelle et d’intensité. Certaines applications, comme ScolioEye®, permettent aux parents de surveiller plus facilement l’évolution du dos de leur enfant, mais votre médecin est le meilleur garant de la santé de vos enfants et adolescents.

Conclusion

Le golf de haut niveau chez les jeunes est un sport exigeant pour le rachis lombaire. Une lombalgie aiguë ou subaiguë ne doit jamais être banalisée, car elle peut révéler une souffrance de l’isthme vertébral. Un diagnostic précoce permet le plus souvent une évolution favorable. Il est donc essentiel de savoir reconnaître les signes d’alerte, d’adapter l’entraînement et de mettre en place une prise en charge adaptée en consultant votre médecin.

Doc du Sport