Décrochage sportif : l’UNSS, force de proposition pour fidéliser les adolescentes

Selon l’étude nationale MGEN–Kantar, près de la moitié des adolescentes (45,2 %) déclarent avoir abandonné un sport qu’elles appréciaient. Un chiffre qui révèle un phénomène préoccupant : ce retrait ne traduit pas pour autant un manque d’intérêt pour l’activité physique mais relève un décrochage subi, provoqué par des contraintes extérieures et l’incapacité du système sportif à répondre à leurs besoins. Les adolescentes aiment le sport, mais ne trouvent pas toujours un espace où elles se sentent légitimes, respectées et en sécurité. Les freins et les écueils qui empêchent la poursuite de la pratique à cet âge charnière sont nombreux et variés.

Par Kildine Albert, Directrice Nationale Adjointe UNSS

E n effet, le moment de la puberté marque un tournant décisif. Les transformations physiques et physiologiques peuvent rendre la pratique plus inconfortable et les règles menstruelles, encore trop souvent taboues, sont perçues comme un frein majeur à toute activité sportive. Beaucoup préfèrent renoncer plutôt que de s’exposer en demandant un aménagement de la séance. Près d’une fille sur deux estime que les encadrants ne tiennent pas suffisamment compte de leurs besoins physiologiques spécifiques. Briser ce tabou s’impose donc comme un enjeu prioritaire à ceux qui font de l’éducation par le sport. Des sportives comme la championne du monde d’escrime Ysaora Thibus s’engagent déjà en milieu scolaire pour libérer la parole des adolescentes tout en sensibilisant aussi les garçons.

Former pour mieux encadrer

De manière complémentaire la formation des encadrants est tout aussi essentielle. Les connaissances sur les spécificités du corps féminin progressent, mais restent encore insuffisamment intégrées dans les pratiques. Trop de programmes d’entraînement demeurent calqués sur des modèles masculins. L’Union Nationale du Sport Scolaire (UNSS), fédération sportive scolaire du second degré, comptant près de 450 000 licenciées, conventionne avec les fédérations et des championnes ambassadrices pour informer l’encadrement et mieux accompagner les pratiquantes, qu’elles soient de niveau scolaire ou déjà engagées dans des parcours de performance.

L’étude MGEN–Kantar met également en lumière un autre facteur de décrochage : la place excessive accordée à la compétition. Pour certaines adolescentes, la compétition n’est plus un moteur de progression ou de plaisir, mais une source d’anxiété. Consciente de ce décalage, l’UNSS développe depuis plusieurs années une offre diversifiée dans laquelle la notion de rencontre est centrale : pratiques de loisirs, événements promotionnels, compétitions de niveau scolaire et par équipe aux côtés de la filière excellence… Ces alternatives permettent à chaque jeune de trouver un mode de pratique qui lui correspond, évolutif selon son parcours et ses envies.

Comprendre l’abandon des jeunes filles

L’étude, basée sur les témoignages d’un peu plus de 500 jeunes filles abandonnistes, n’étonne guère les enseignants d’éducation physique et sportive (EPS) qui confirment être touchés également par un décrochage de la participation des filles aux activités de l’association sportive à partir de 13-14 ans. Comme constaté dans les fédérations sportives, l’UNSS n’échappe pas à la baisse du nombre de licenciées (-33 %) entre les catégories benjamine (classes de 6e et 5e) et minime (classes de 4e et 3e). Le phénomène touche aussi les garçons, mais de manière moins marquée (-23 %). La question qui reste néanmoins à creuser est celle de savoir si cet abandon est ponctuel ou définitif. C’est la question que doivent se poser toutes les fédérations car les réponses permettront sans doute un travail d’anticipation pour minimiser les impacts de cette traversée de l’adolescence. Cependant, au-delà des différences filles/garçons, les différences sociales jouent un rôle encore plus déterminant. Les travaux de Travert, Luiggi et Griffet (1) démontrent que l’abandon est bien plus fréquent dans les milieux défavorisés. Les résultats détaillés selon les données socio-démographiques de l’enquête MGEN–Kantar confirment que certains obstacles pèsent particulièrement sur les jeunes filles dont les parents appartiennent aux catégories socio-professionnelles les moins favorisées :

  • Un regard social dévalorisant : « mon corps ne correspond pas à l’image idéale du sport véhiculé par les réseaux sociaux », « j’ai arrêté de pratiquer parce que je n’étais pas à l’aise avec mon apparence », « je me sens mal à l’aise avec les tenues imposées pour certaines activités sportives » ;
  • Le coût de la pratique ;
  • L’absence de modèles ou d’amies pratiquantes ;
  • Le manque d’offres : « les sections autour de chez moi ne possèdent pas de section féminine ».

Au-delà du sport : un défi éducatif et sociétal

Pour enrayer cette dynamique, il est essentiel que les établissements et associations identifient précisément ce qui désengage « leurs » pratiquantes. Le programme « Filles Actives » de l’UNSS, fondé sur plus de 60 000 retours dont 35 000 retours d’élèves à l’enquête conduite par Pluricité en 2023 pour l’UNSS, permet aujourd’hui de proposer des actions ciblées pour développer les pratiques des filles : rencontres en équipe mixtes valorisant la cohésion et l’engagement et des événements promotionnels réservés aux filles, comme La Lycéenne UNSS qui rassemble selon les territoires jusqu’à 4 000 jeunes filles le temps d’une journée sur une pratique sportive et festive avec une course symbolique et solidaire sans chrono ni classement, accessible à toutes, qui peut revêtir la forme de type « Color Run », d’une course à obstacles, d’une déambulation en cœur de ville pour découvrir le patrimoine… et la participation aux ateliers d’un village d’animation et d’éducation.

Ces ateliers sont animés par des clubs, comités ou ligues qui souhaitent faire découvrir des sports et des parasports aux jeunes filles mais aussi par des associations et/ou institutions qui interviennent sur des thématiques telles que la sensibilisation aux droits des femmes, l’émancipation des jeunes filles par le sport, la promotion de l’égalité au sein de son AS, la prise de responsabilités et le leadership pour s’engager dans différentes causes et la sensibilisation aux violences sexistes et sexuelles. Comprendre les raisons des abandons est un enjeu pour la société tout entière. Le décrochage sportif des adolescentes n’est pas une question secondaire : il touche à la santé physique comme à la santé mentale, à la confiance en soi et à l’égalité entre les filles et les garçons.

Ancrer la pratique dès l’adolescence

Quand on sait qu’à l’adolescence, la participation sportive est prédictive des niveaux globaux d’activité physique à l’âge adulte et présente des avantages psychologiques et sociaux, il est temps d’inverser la tendance auprès de tous les jeunes. Maxime Travert et coll. proposent un changement de paradigme visant à fidéliser les jeunes dans leur pratique. Au-delà d’attirer de nouveaux pratiquants, il est aujourd’hui primordial de les fidéliser. Il s’agit pour cela, comme présenté dans les orientations stratégiques de l’UNSS, de construire de véritables parcours au cours desquels les élèves, de l’entrée en 6e à la terminale, vont être sensibilisés, éduqués et formés puis engagés :

  • Sensibilisés à une pratique ou à plusieurs car la multiactivité est une force de l’UNSS et à la découverte des rencontres avec d’autres établissements pour un coût en moyenne de 25 euros par an ;
  • Éduqués et formés afin qu’ils deviennent plus compétents à chaque séance et à chaque rencontre. Le développement du sentiment de compétence encourage la fidélisation de l’élève ;
  • Engagés par la prise d’initiatives et de responsabilités, notamment en tant que jeune officiel à l’association sportive mais également en dehors dans le but de former les bénévoles de demain dans les clubs. Ainsi, le jeune arbitre ou le jeune organisateur, élève à l’UNSS, pourra demain faire valoir ses compétences en club ou sur une manifestation sportive. Contrairement aux idées reçues, les filles s’emparent largement de ces rôles : plus de 40 % des jeunes officiels UNSS sont des filles.

Alors que les études montrent que les jeunes filles restent attachées au sport, il devient urgent de repenser les environnements sportifs pour qu’ils deviennent des lieux d’inclusion, de respect et d’épanouissement. Pour que le décrochage sportif des jeunes filles ne soit plus subi, les parcours et les formes de pratique sont à repenser continuellement en prenant en compte leurs spécificités, leurs appétences et en cherchant à valoriser le plaisir de pratiquer une activité sportive, physique et/ou artistique. À ce stade, nous avons identifié des freins mais aussi les premiers leviers de transformation. Il nous faut maintenant poursuivre les réflexions et le travail pour anticiper et faire reculer l’abandon, dont les conséquences sont dommageables pour les jeunes filles et pour la société. 

Doc du Sport