Comment concilier menstruations et entraînement ?

Comment concilier menstruations et entraînement
Comment concilier menstruations et entraînement

Les règles peuvent rapidement perturber la pratique des coureuses. Si le cycle menstruel n’est pas le meilleur moment pour les efforts intensifs, il est fort heureusement possible de s’adapter pour concilier menstruations et entraînement ou compétition.

Par Cyril Pocréaux, journaliste pour la FFA

C’est une question récurrente parmi les coureuses, qui consultent parfois d’un œil inquiet leur calendrier de compétitions ou d’entraînements : comment concilier course à pied et menstruations ? Si toutes les femmes ne sont pas logées à la même enseigne, beaucoup peuvent être dérangées par ces pertes sanguines, provoquées par le renouvellement de la muqueuse utérine.

Des interactions diverses

« Le ressenti est en effet très individuel, assure l’équipe médicale de la FFA. Certaines femmes ne seront pas gênées, d’autres perturbées en termes de douleurs physiques ou sur le plan psychologique, ce qui peut aussi influer sur le comportement à l’entraînement. » Au-delà, la perte de sang, en fonction de son intensité, « peut être suffisamment importante pour provoquer une petite anémie, et donc une fatigue accrue ». De même, « la congestion pelvienne et la concentration sanguine liées aux règles peuvent diminuer le retour veineux. Dans ce cas, la récupération sera moins bonne, en particulier au niveau musculaire, et les risques de blessure peuvent augmenter ». À noter, a contrario, que les menstruations peuvent elles-mêmes être affectées par la pratique sportive. « Les coureuses de demi-fond et de fond qui s’entraînent beaucoup, de manière intensive, pensent parfois, de manière erronée, que leur poids a une incidence négative forte sur leur performance.

Elles se contentent alors de manger très peu. Or, le corps a besoin d’éléments et de nourriture pour pouvoir s’entraîner et récupérer. Les coureuses ne créent plus ainsi les hormones nécessaires pour provoquer les règles, qui disparaissent peu à peu, jusqu’à l’aménorrhée. Leurs performances peuvent se maintenir tant bien que mal pendant un certain temps, jusqu’à ce qu’elles se blessent, en particulier au niveau osseux, et qu’on ne les revoie plus. Elles n’ont certes plus de problème de règles à gérer, mais elles l’ont résolu de la pire des manières… »

Adapter les apports extérieurs

Comment faire en sorte que les choses se passent au mieux, dans le respect de l’intégrité physique des athlètes ? « D’abord en faisant un point avec son médecin gynécologue, reprend l’équipe médicale fédérale. Pour les femmes qui prennent la pilule, le médecin doit être en mesure, en adaptant le produit pris et le dosage hormonal, de réguler les cycles et de faire en sorte que la quantité de sang perdue soit moins abondante, si besoin. C’est le principal moyen de jouer sur le phénomène. Idem dans le cadre d’une compétition, où une solution thérapeutique de type pilule peut aider à gérer les choses en amont. » Pour le reste, il faudra surveiller les pertes sanguines qui peuvent, comme on l’a dit, entraîner une carence en fer. Dans ces cas précis, le mieux est de s’en remettre à une alimentation adaptée. « Favoriser le fer d’origine animale, la viande rouge, les abats, même si ce n’est pas toujours évident pour une coureuse, et le coupler avec des végétaux riches en fer, comme les lentilles. Et éviter aussi les produits trop riches en calcium, comme les produits laitiers, au cours de ces repas adaptés : il y a une sorte de concurrence entre le fer et le calcium pour être bien assimilé, et cela aurait tendance à bloquer la fixation du fer par l’organisme. En revanche, les fruits et leur apport en vitamine C permettront de booster cette assimilation. »

Gérer ses efforts… et parler

Reste à savoir appréhender l’entraînement, la compétition et les efforts qu’ils exigent. « Cela passe d’abord par le fait d’adapter les séances, en évitant les efforts trop intenses, conseille l’équipe médicale de la FFA. Normalement, les règles durent de trois à quatre jours. Cela doit donc pouvoir se gérer dans un planning d’entraînement. Pour les femmes qui ont des règles longues d’une dizaine de jours, la fatigue peut être importante, elles peuvent même se retrouver complètement à plat. Mais en général, elles sont amenées à consulter un spécialiste pour limiter cette durée. » Il s’agira, aussi, d’être en mesure d’évoquer un sujet encore trop souvent tu, avec un entraîneur masculin en particulier. « C’est dommage, dans ces situations, de se retrouver coincé entre ceux qui ne connaissent pas forcément le sujet et celles qui n’osent pas en parler. Le thème est encore trop tabou. Il ne faut pas se limiter et s’interdire d’évoquer cette problématique avec l’entraîneur pour faire au mieux. » Et repartir de plus belle quelques jours plus tard seulement.

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