Adolescentes et sport, le grand décrochage

Près d’une adolescente sur deux (45,2 %) abandonne le sport par contrainte sociale. Une étude nationale inédite, menée par la mutuelle MGEN avec Kantar auprès de 507 jeunes filles âgées de 13 à 20 ans, révèle comment la méconnaissance du corps féminin, les injonctions esthétiques, la pression sociale et le règne de la compétition, au détriment du bien-être et de l’inclusion, contribuent au décrochage sportif, alors même que le sport reste un enjeu-clé de santé physique et mentale, d’égalité et d’émancipation. Explications avec Clotilde Truffaut, déléguée nationale aux engagements sociétaux et à la coopération internationale MGEN.

Que faut-il retenir de cette enquête dans les grandes lignes ?

La moitié des filles arrêtent le sport avant 15 ans, c’est 6 fois plus que les garçons. Un arrêt provoqué par des raisons exogènes et non pas par choix personnel. Les injonctions de la société et les stéréotypes de genre qui sont notamment à l’origine du problème ont sollicité notre attention. Parmi ces raisons, elles mettent en avant les raisons physiologiques en expliquant qu’en général, la pratique sportive ne s’adapte pas aux filles et à leur physiologie et que l’encadrement ne répond pas aux besoins spécifiques des femmes. Autre raison, le sport est un milieu qui met les adolescentes sous pression : 55 % des filles ne se sentent pas en sécurité. Elles souffrent de moqueries, de jugements, voire de violences sexistes et sexuelles. La pratique régulière est favorisée avec 1/3 des filles qui ne disposent pas de section féminine près de chez elles. Les garçons, eux, sont plus mis en avant avec des horaires et des équipements privilégiés. Elles se sentent également assommées par la culture de la compétition, qui ajoute une pression.

En quoi cette enquête est-elle importante pour MGEN ?

Nous accordons une très grande importance à l’égalité femmes/ hommes avec 62 % de nos adhérents qui sont des femmes. Nous savons que la pratique sportive est un déterminant de santé physique et mentale. Une fille qui décroche à l’adolescence aura plus de mal à s’y remettre à l’âge adulte. En résulte un écart entre les hommes et les femmes qui ne bénéficient pas des mêmes bienfaits de la pratique sportive sur leur santé, leur sociabilité, leur rapport au temps. Cela fait partie des combats que MGEN souhaite mener.

Quels sont les dispositifs mis en place par MGEN afin de sensibiliser la population ?

Nous avons mobilisé notre réseau de militants et de militantes dans tous les départements afin de leur faire connaître les résultats de l’enquête pour leur permettre de partager ces derniers dans leurs écosystèmes : associations, organismes sportifs, monde éducatif… Nous diffusons également l’information aux députés qui sont sensibilisés à sujet. L’idée est de démontrer que celui-ci est un enjeu sociétal pour nous, il faut que les acteurs concernés puissent agir en conséquence. Nous sommes également partenaires des ligues féminines de basketball et de handball et nous n’hésitons pas à investir notre budget médias pour faire la publicité des sportives professionnelles et amatrices plutôt que la nôtre. Nous soutenons également 40 clubs amateurs féminins dans tous les départements et régions jusqu’à Tahiti. C’est le meilleur moyen de soutenir les clubs locaux accessibles aux filles et d’avoir une pratique loisir.

Quelle est l’urgence à gérer aujourd’hui pour faire évoluer les choses dans le bon sens ?

Il faut commencer par permettre à toutes les filles de pouvoir pratiquer comme elles le souhaitent à côté de chez elles. Il faut également un encadrement formé et adapté aux besoins qu’implique la physiologie féminine.

Quel message souhaitez-vous faire passer aux jeunes filles ?

Il faut encourager les jeunes filles ou leurs parents à parler aux encadrants de spécificités féminines et de ces besoins pour que le cycle menstruel sorte de la sphère intime et devienne une réalité sportive. Il ne faut pas essayer de se comparer aux garçons et aux hommes. Les filles peuvent s’assumer et essayer de faire progresser les choses. Faire progresser les choses pour soi, c’est aussi les faire progresser pour les autres. 


TÉMOIGNAGES

Martin Fourcade – sextuple champion olympique de biathlon, ambassadeur MGEN

« Le résultat de l’étude ne m’a pas surpris, c’est un véritable sujet sociétal. Dans le biathlon nous bénéficions d’une parité notable à la différence de la plupart des disciplines. J’ai grandi dans un milieu privilégié au niveau f inancier, car les biathlètes femmes sont aussi bien rémunérées que les hommes. De même sur le plan médiatique, où les diffusions à la télévision des compétitions mettent autant en avant les compétitions hommes que femmes. Cependant, les femmes ne sont pas assez représentées chez les coachs à haut niveau. En outre, c’est aussi un sport où il n’y a pas forcément de vestiaires pour se préparer et où on doit se changer dehors, ce qui peut être un frein pour les femmes. Dans le sport en général, les freins sont plus importants pour les femmes que pour les hommes avec le regard de l’autre, la valorisation de la compétition ou encore le rapport au corps. Je suis papa de deux petites filles (8 et 10 ans) et je ne mets aucune pression concernant la performance, pas besoin de devenir un champion pour s’épanouir dans le sport. Les enfants ne doivent pas porter les projets de leurs parents. »

Ysaora Thibus – Championne du monde d’escrime

« Je ne me suis pas spécialement occupée de mon cycle menstruel avant mes 30 ans. Quand j’interviens dans les écoles pour en parler aux plus jeunes, il y a beaucoup de moqueries et de préjugés de la part des garçons, ça reste un sujet tabou. Toutes les jeunes filles ne connaissent pas les spécificités du cycle menstruel. Il faut adapter la pratique en fonction du cycle et optimiser les séances. Même entre filles on n’en parle pas forcément, c’est important de partager et de libérer la parole. C’est pour cela que les encadrants doivent être formés correctement. Les garçons sont souvent favorisés et mis en avant (meilleurs horaires et lieux d’entraînement, meilleur matériel…). J’ai entendu des garçons dire que les filles ne pouvaient pas arbitrer car elles ne sont pas assez rapides. Dans la pratique loisir, il y a également un déséquilibre : les garçons vont aller faire un foot alors que les filles n’ont pas cette démarche. »

Muriel Hatem

Triathlète, marathonienne Directrice de la publicité et du développement

Triathlète, marathonienne Directrice de la publicité et du développement