Les spécificités du football féminin

Les spécificités du football féminin
Les spécificités du football féminin

La croissance du football féminin est importante depuis des années. Depuis moins de 10 ans, les études sur le football féminin se multiplient et apportent une meilleure connaissance de la physiologie féminine. Le développement du football féminin doit faire baisser les risques liés à la pratique plus ou moins intensive et accompagner la performance.

Par le docteur Emmanuel Orhant, directeur médical de la FFF

L’optimisation des compétences physiques et techniques du public féminin est un défi. En effet, il existe des spécificités physiques et morphologiques à prendre en compte. Par exemple, le bassin est plus large créant des déséquilibres musculaires. Les déséqui­libres statiques et dynamiques des genoux, des chevilles et des pieds conduisent à une augmentation du risque de blessures graves comme des entorses du genou ou de la cheville. L’entraînement permet un gain de muscle significatif limitant les blessures et le développement du football de haut niveau. 

Cycles menstruels

La première inquiétude des joueuses et des staffs concerne les cycles menstruels. Depuis la Coupe du monde féminine en France en 2019, le haut niveau s’est accaparé la gestion des cycles menstruels. Des études montrent que 66 % des joueuses pensent que leur cycle va impacter leurs performances. 85 % des joueuses pensent être mal informées sur ce sujet. Contrairement aux croyances, malgré de nombreuses études scientifiques, il n’y a que très peu de certitudes sur le lien entre sport de haut niveau et cycles. Il existe néanmoins de nombreux travaux sur les liens avec l’endurance, le renforcement musculaire, la raideur ligamentaire, la prévention des blessures, la récupération, la psychologie dans le football. Il est admis qu’il faut traiter les troubles des cycles (dysménorrhée) et faire travailler spécifique­ment certaines filières énergétiques (endurance et force). Il est conseillé d’avoir des données physiologiques de terrain pour chaque joueuse. Le gain de force de la femme grâce à l’entraînement est de 20 à 40 %, soit identique à l’homme. La récupération doit être optimisée en fonction du cycle. Il n’y a pas de bénéfice de la contraception sur les performances des sportives. C’est pour cela qu’aucune pilule contraceptive, par exemple, ne figure dans la liste des médicaments dopants. La pilule peut être un traitement de la dysménorrhée et une analyse de ces effets doit être individualisée. Il est important de rechercher des troubles du cycle, comme une absence de règles qui permet de dépister des troubles énergétiques connus sous le nom de « RED Syndrome » (déficit énergétique relatif dans le sport). Il s’agit d’un déséquilibre entre les dépenses physiques et la compensation alimentaire. L’avis spécialisé du médecin du sport est important pour éviter les lourdes conséquences sur la performance mais aussi les blessures et la dégradation du corps. On ne connaît pas encore tous les liens entre football et cycle menstruel mais les conséquences à court, moyen et long terme d’un trouble du cycle sont si importantes que les dysménorrhées doivent être recherchées et traitées.

Grossesse et football

Il existe peu de données sur les grossesses dans le football. Le premier trimestre comporte des risques à cause de l’élévation de la température corporelle et de la déshydratation à l’effort. Les malformations du fœtus et les fausses couches peuvent être des conséquences graves. Le sport modéré est bénéfique à partir du moment où l’hydratation est importante. Le risque lié aux contacts est élevé dans le football, le pelvis qui se transforme avec la grossesse protège moins le fœtus. C’est pour cela qu’après 12 semaines, l’UEFA ne recommande pas la pratique « active » du football. Mais la pratique du Fit Foot a toute sa place.

Après l’accouchement, la reprise doit être progressive, adaptée à chacune. La décision de reprise médico-sportive doit être individualisée. Un consensus international organise le retour au sport en 6 étapes : la première est d’aider à la transition biopsychosociale. Il s’agit d’accepter de recommencer à avoir un temps sportif dans un planning très chargé; la deuxième est de faire un bilan complet de ses capacités physiques et psychologiques ; la troisième est de restaurer le bien-être physique et psychologique ; la quatrième est la reprise progressive des charges d’entraînement non spécifique ; la cinquième est une progression spécifique vers le football au niveau technique et physique ; la dernière étape consiste d’accom­pagner la joueuse dans la recherche de la performance.

Football féminin, encadrement médical et technique

La poussée de croissance des filles a lieu entre environ 9,5 et 13,5 ans, avec un pic généralement entre 11 et 12,5 ans. Alors que chez le garçon, la poussée se produit entre 12 et 16 ans. L’acquisition motrice, le développement des filières énergétiques, de la force est plus précoce chez la fille. Malgré cela, des études scientifiques ont démontré que le nombre de minutes d’entraînement était très faible chez les jeunes filles avant 18 ans par rapport aux garçons. Cela a 2 impacts : un déficit de compétence alors que la joueuse est capable de faire plus et plus tôt ; et surtout un pseudo-rattrapage chez la jeune fille après 15 ans et une progression trop rapide à l’origine de nombreuses blessures. La mise en place de staffs techniques compétents pour accompagner les joueuses spécifiquement dès 12 ans doit exister. La gestion des charges d’entraînement doit être différente des garçons, avec surtout dès le plus jeune âge une prise en compte des cycles. Savoir travailler l’entraîne­ment physique ou technique par petits ateliers en fonction du cycle est essentiel. Enfin, une prise en charge par des médecins du sport et des kinésithérapeutes formés permet d’organiser une bonne prévention. L’individualisation de la progression dans un sport collectif est un challenge qui nécessite une bonne connaissance et une bonne communi­cation avec les éducateurs.

Les pathologies spécifiques

Le risque de commotion est multiplié par 2 à 3 chez la joueuse. Les suites de la commotion sont problématiques chez les femmes avec des risques de symptômes plus sérieux et plus longs. Une prévention doit être faite sur le renforcement cervical, sur l’apprentissage du geste technique de la tête, sur le travail global de positionnement dans l’espace et de la trajectoire. L’accompagnement médical dans les suites de la commotion doit être essentiel au vu des conséquences qui peuvent être longues.

Les troubles psychologiques et du comportement alimentaire doivent être recherchés quand il existe une inadaptation des apports alimentaires par rapport aux dépenses énergétiques liées au haut niveau. Les conséquences sur la santé sont importantes. Ces problèmes de déficit énergétique (RED syndrome), anciennement appelé « surentraînement », sont présents dans certains sports (gymnastique, athlétisme…) mais maintenant le niveau est tel que le football devient aussi un sport à risque.

La santé des seins est taboue et extrêmement méconnue. Les seins peuvent causer des douleurs, être blessés et nuire à la capacité de performer de manière optimale. Une partie importante de la population féminine (environ 44 à 72 %) déclare ressentir des douleurs mammaires dues au mouvement des seins pendant l’exercice. Le port d’un soutien-gorge bien ajusté et offrant un bon maintien permet non seulement de soulager la douleur, mais aussi d’améliorer les performances sportives et de réduire le risque de blessure.

L’incontinence urinaire d’effort

L’incontinence urinaire d’effort (IUE) désigne une perte involontaire d’urine lors d’un effort dans la vie quotidienne ou pendant une activité physique. L’IUE touche jusqu’à 58 % des femmes. Sa gravité s’objective par les circonstances de survenue des fuites, par leur fréquence, l’importance des stratégies mises en place (par exemple le nombre et le type de protections utilisées), l’existence d’éventuels facteurs favorisants, l’impact psycho­logique et la demande de traitement. Le plancher pelvien est constitué d’éléments musculaires, ligamentaires et conjonctifs dont les principales fonctions sont de maintenir les organes pelviens et de permettre la continence. L’IUE résulte de l’affaiblissement d’une ou plusieurs parties du plancher pelvien. Il existe un trouble du mécanisme de fermeture du sphincter urinaire. La survenue de l’IUE est liée à l’augmentation de la pression intra-abdominale pendant l’exercice, associée à une défaillance anatomique du hamac musculo-aponévrotique du plancher pelvien ou de son activation ou de sa force. Des troubles de la co-contraction des muscles abdominaux (transverse, obliques internes, externes et grand droit) avec les muscles du plancher pelvien sont à rechercher. Les sportives multiplient le risque de 1,77 à 3 fois de déclencher une IUE par rapport aux non-sportives. Les athlètes compétitives sont 2,5 fois plus touchées que les sportives loisirs. Les athlètes professionnelles sont 3 fois plus touchées que chez les amatrices. L’entraînement est plus pourvoyeur d’IUE que la compétition. Une étude observation­nelle a été réalisée en 2024 en France auprès d’environ 800 footballeuses de la première à la troisième division nationale, chez les jeunes des académies et les footballeuses des équipes nationales françaises. 55 % des joueuses ont déclaré avoir déjà été victimes d’une IUE quel que soit le niveau. Les facteurs déclenchants dans le football sont le saut et sa réception, les changements d’appui et de direction, le renforcement musculaire en salle avec le travail des muscles abdominaux et le soulèvement de poids, la course à haute intensité, les tacles et les tirs. La fatigue par diminution de l’efficacité du plancher pelvien à lutter contre la pression abdominale est retrouvée comme un facteur de risque. Ainsi, une IUE survient plus facilement à la fin des entraînements ou des matches. La diminution de la qualité de vie chez la sportive est un réel problème. 35 à 39 % des footballeuses souffrant d’IUE ont utilisé des stratégies compensatoires, 28 % utilisent des tampons, des serviettes ou des protège-slips. Certaines limitent l’hydratation au risque de diminuer leur performance et d’augmenter les blessures. 60 % des athlètes déclarent que l’IUE a un effet négatif sur leur performance. Certaines préfèrent arrêter l’activité physique devant cette défaillance du corps. Les staffs médicaux et techniques jouent un rôle essentiel et doivent ouvrir le dialogue pour éviter le tabou. Connaître l’anatomie du plancher pelvien permet de comprendre les programmes de prévention, augmente la confiance en ses capacités et réduit l’impact sur sa vie sportive. Les footballeuses ont déclaré avoir été interrogées beaucoup sur l’IUE par les médecins (20 %) et peu par les staffs techniques (8 %). La communication est donc primordiale car il existe des traitements. Le traitement préventif permet d’augmenter le volume, la force et la rigidité des muscles du plancher pelvien, d’apprendre le travail de co-contraction avec les muscles de l’abdomen, de connaître le travail hypopressif visant à diminuer la pression abdominale. Des résultats sont obtenus dès la sixième semaine. Le traitement curatif doit être entrepris le plus tôt possible chez la sportive. Un entraînement des muscles du plancher pelvien obtient des résultats au bout de 3 mois. L’information et la formation des éducateurs sont essentielles. Il faut obtenir la compliance et la motivation de la joueuse. Les athlètes doivent être orientées vers un personnel médical expérimenté. Enfin, le programme d’entraînement doit être approprié et individualisé.

CONCLUSION

Accompagner la performance tout en préservant la santé passe par une meilleure connaissance de la physiologie, de la prévention. Il faut éviter les tabous des troubles des cycles, des douleurs de sein, de l’incontinence urinaire d’effort. La formation, la communication, l’information sont essentielles pour permettre à toutes les joueuses de s’épanouir dans le football.

Doc du Sport