La crise du milieu de vie chez le sportif

La crise du milieu de vie chez le sportif
La crise du milieu de vie chez le sportif

Arrivé à un certain âge, les performances régressent inexorablement et l’appareil locomoteur usé s’exprime plus douloureusement. Comment gérer cette transition ?   

Dans le bureau de consultation d’un médecin du sport, les expériences humaines sont multiples. Certains sportifs talentueux s’expriment ainsi : « Quand je serai guéri de ma blessure, j’ai encore envie de faire un podium… dans ma catégorie d’âge bien sûr ». Pas de souci, un vrai doc du sport peut accompagner ce type d’ambition… mais le cœur et les articulations imposent souvent quelques réglages et conseils bienveillants ! La situation est différente pour les athlètes aux capacités moyennes habitués au ventre mou du classement…  Quand les années passent, ils glissent insidieusement vers une queue de peloton clairsemé… Le médecin du sport doit alors entretenir la motivation : « Si vous êtes si peu nombreux derrière, c’est que presque tous les individus de votre génération ont renoncé ! Vous faites partie de l’élite ! Just Do It comme dirait NIKE® ! »

Des astuces pour rester en forme !

La régression est double, cardio-vasculaire et locomotrice. Les études nous donnent des ordres de grandeur. La VO2max, la consommation maximale d’oxygène, la cylindrée d’endurance, diminue de 1 % par an en moyenne pour le même entraînement. Ces données proviennent de performances à vélo où les articulations ne constituent pas un facteur limitant. En course à pied, la pente est de 2 % et en trail de 3 %. À noter qu’en natation, elle est de 2 % à cause du cou et des épaules. C’est dommage, car cette puissance est bien corrélée au chrono… mais aussi au pronostic vital ! Bref, si vous vous contentez de courir, vous restez en sous-régime et vous altérez votre condition physique !

ENTRAÎNEMENT CROISÉ POUR GARDER L’INTENSITÉ ET LA DURÉE

C’est regrettable car, en cas de bilan cardio-vasculaire normal, les cardiologues du sport ne contre-indiquent absolument pas les entraînements au voisinage de la fréquence cardiaque maximale chez le sénior ! Heureusement, l’entraînement croisé est la solution. Il est vivement recommandé de réaliser les séances intenses à vélo. Sans oublier le fractionné en salle. Les nombreux appareils de cardio-training offrent l’opportunité de monter dans les tours sans se blesser ! À noter que pour entretenir le foncier sur la durée, les sorties longues à vélo et la randonnée avec bâtons sont efficaces tout en ménageant les articulations. La musculation bienveillante est aussi conseillée. Toutes les contraintes encaissées par la force de freinage n’impactent pas les articulations.

MUSCU SÉRIES LONGUES POUR GARDER LA FORCE ET PROTÉGER LES ARTICULATIONS

Pour réduire le risque de lésion, il est préférable de diminuer la charge et de multiplier les répétitions. Des séries de 30 à 70 jusqu’à l’échec stimulent suffisamment le muscle pour préserver la force. Par chance, les adaptations tissulaires et métaboliques qui en résultent sont parfaitement adaptées aux sports d’endurance. Bien évidemment, la course reste autorisée mais il est préférable de privilégier la vitesse spécifique d’une éventuelle compétition. Là encore, cette stratégie se révèle pertinente pour travailler le « rendement » ou « économie de course »… un facteur de progression préservé chez le senior ! Là encore, les études nous fournissent un ordre de grandeur. L’arthrose ne semble pas s’aggraver avec la course… si on ne dépasse pas 30 à 40 kilomètres par semaine.

Des émotions en déclin…

Les douleurs articulaires, l’altération des performances mettent aussi un bon coup au moral ! Selon les psychiatres ces messages corporels de pente descendante fournissent à notre inconscient la perception d’une glissade vers une finitude anxiogène… Un avant-goût de course en déambulateur dans le couloir de l’EHPAD ! Au même moment, les enfants grandissent et font leur puberté. Ils deviennent grands et forts… ça y est, ils courent plus vite que vous et pédalent plus puissamment.

RÉGRESSION PHYSIOLOGIQUE, UN AVANT-GOÛT DE FINITUDE

Il s’agit d’un autre moment symbolique du cycle de la vie appelé « croisée des chemins ». Le combat est perdu d’avance et l’agitation se montre inutile. La surenchère à l’entraînement se révèle délétère, à l’origine d’un épuisement physiologique, neurobiologique et émotionnel qui aggrave la pénibilité de cette période de transition ! Pour ne rien arranger, ce moment de vie correspond aussi à l’émoussement des projets professionnels, surtout dans le monde de l’entreprise qui valorise plus l’énergie que l’expérience… Sans parler de la retraite qui sidère les hyperactifs adeptes des sports d’endurance… consommateurs de leur temps libre pour accroître leur entraînement… sans effet miraculeux sur le chrono ! Alors, les poncifs considérés comme vides de sens, autrefois évincés d’un revers de manche, s’imposent désormais.

Croisée des chemins avec les perfs des enfants : inéluctable cycle de la vie

Les termes d’acceptation ou d’instant présent doivent être apprivoisés… Le deuil de la performance est souvent nécessaire et apaisant. Il peut savoureusement être remplacé par le plaisir du mouvement et le bonheur de l’effort… à l’entraînement et même avec un dossard pour participer à la fête. En pratique, il est intéressant de préserver ses capacités physiques. N’abandonnez pas ! Continuité, assiduité, régularité, diversité, complémentarité… et occasionnellement intensité se révèlent d’une effroyable efficacité ! La fine fleur de la génétique pourra taquiner le podium… dans sa catégorie d’âge ! Le commun des mortels fera partie de l’élite car contrairement à la majorité… il n’aura pas renoncé ! 

Dr Stéphane Cascua

Triathlète adepte du cardiotraining et de la musculation - Médecin du sport - traumatologue du sport - nutritionniste du sport - diplômé en entraînement du sportif - Rédacteur en chef

Triathlète adepte du cardiotraining et de la musculation - Médecin du sport - traumatologue du sport - nutritionniste du sport - diplômé en entraînement du sportif - Rédacteur en chef