Natation et règles : peut-on vraiment nager sans contrainte ?

Natation et règles : peut-on vraiment nager sans contrainte 
Natation et règles : peut-on vraiment nager sans contrainte 

À quinze ans, certaines jeunes nageuses hésitent encore à aller à l’entraînement lorsqu’elles ont leurs règles. À vingt-cinq ans, d’autres s’interrogent quant à l’impact de leur cycle sur leurs performances. À tout âge, les mêmes questions reviennent. Heureusement, les réponses sont aujourd’hui bien plus rassurantes que les idées reçues.  

Par le docteur Carole Maître, gynécologue au département médical de l’INSEP

En effet, pendant longtemps, les règles ont été perçues comme un frein à la pratique sportive, et la natation n’a pas échappé aux idées reçues. Certaines jeunes filles renoncent encore à un entraînement, à une séance par crainte d’une fuite, d’un inconfort ou du regard des autres. Pourtant, les données scientifiques sont rassurantes : les menstruations ne constituent pas une contre-indication à la natation. Bien au contraire, pour certaines femmes, l’activité physique dans l’eau contribue même à améliorer le bien-être pendant cette période.

Les règles ne s’arrêtent pas dans l’eau… mais presque

Beaucoup de nageuses ont l’impression que leurs règles disparaissent lorsqu’elles entrent dans l’eau. En réalité, la pression exercée par l’eau diminue temporairement l’écoule­ment, sans interrompre les menstruations. Dès la sortie du bassin, le flux reprend naturellement. Autre idée reçue : le sang menstruel contaminerait la piscine, avec un risque d’infection. Les piscines sont soumises à des normes d’hygiène très strictes et cette inquiétude n’a pas de fondement. Avec une protection adaptée, la natation peut être pratiquée en toute sécurité.

Les symptômes, plus que les hormones

Toutes les femmes ne vivent pas leurs règles de la même façon. Certaines nagent sans ressentir la moindre gêne, tandis que d’autres doivent composer avec des douleurs pelviennes, une fatigue inhabituelle, des ballonnements, des céphalées ou une sensation de jambes lourdes. Les recherches menées chez les sportives montrent que ce sont essentiellement ces symptômes qui influencent l’entraînement, bien davantage que les variations hormonales elles-mêmes. Contrairement à une idée largement diffusée, les études ne démontrent pas qu’une phase particulière du cycle menstruel améliore ou détériore systématiquement les performances sportives. Les réponses sont très individuelles. L’enjeu est donc moins d’adapter l’entraîne­­ment au calendrier hormonal que d’aider chaque sportive à mieux connaître son propre fonctionnement et les solutions thérapeutiques qui existent pour limiter les symptômes et ne pas être gênée dans sa pratique sportive.

La natation peut soulager certaines femmes

Lorsqu’elles ne sont pas trop intenses, les règles ne doivent pas conduire à interrompre systématiquement l’activité physique. Comme les autres exercices d’endurance, la natation favorise la libération d’endorphines, améliore la circulation sanguine et contribue à diminuer la perception de la douleur. L’immersion procure également une sensation de légèreté grâce à la poussée d’Archimède, tandis que l’eau tempérée aide certaines nageuses à mieux supporter l’inconfort menstruel. Pour beaucoup, une séance de natation permet ainsi de réduire les tensions et d’améliorer l’humeur. En revanche, en cas de dysménorrhée sévère ou de fatigue importante, il est tout à fait légitime d’alléger la séance ou de privilégier un entraînement plus technique, en prenant l’avis du professionnel de santé, pour un bilan des symptômes, afin de ne pas méconnaître un diagnostic possible comme l’endométriose.

Quelle protection choisir ?

Aujourd’hui, plusieurs solutions permettent de pratiquer la natation sereinement. Les tampons restent largement utilisés. La coupe menstruelle constitue également une excellente alternative : correctement positionnée, elle offre une protection efficace, y compris lors d’entraînements prolongés. Les maillots de bain menstruels représentent une innovation récente. Ils conviennent surtout aux flux légers à modérés et rassurent de nombreuses adolescentes qui débutent leur vie menstruelle. En revanche, les culottes menstruelles classiques ne sont pas conçues pour être portées dans l’eau. L’idéal est de tester sa protection lors d’un entraînement plutôt que le jour d’une compétition.

Et si les règles arrivent le jour d’une course ?

C’est une situation fréquente… et rarement choisie ! L’anticipation reste la meilleure stratégie. Prévoir une protection adaptée, disposer de matériel de rechange et traiter efficacement les douleurs si nécessaire permettent généralement de concourir dans de bonnes conditions. Chez certaines sportives sous contraception hormonale, celle-ci peut permettre de décaler les règles, mais cette décision doit être anticipée avec un profes­sionnel de santé, en fonction de la contraception utilisée.

Le vrai signal d’alerte : ne plus avoir ses règles

Paradoxalement, chez la nageuse, le problème n’est  pas tou­jours la présence des règles, mais leur disparition. Une aménor­rhée ou des cycles très espacés peuvent traduire un déficit énergétique relatif dans le sport (REDs). Lorsque les apports alimentaires deviennent insuffisants par rapport aux dépenses liées à l’entraînement, l’organisme réduit progressive­ment certaines fonctions, dont la fonction reproductive. À long terme, cette situation peut fragiliser la santé osseuse, augmen­ter le risque de fractures de fatigue, de tendinites  et, finalement, nuire aux performances. Chez une sportive, des règles régulières constituent toujours  un marqueur rassurant de bonne santé.

Trois messages à retenir

La natation est compatible avec les règles. Les symptômes menstruels peuvent nécessiter quelques adaptations, mais ils ne doivent pas conduire à renoncer systématiquement à l’entraîne­ment ou à sa séance de natation. Enfin, les douleurs importantes ou la disparition des règles ne sont jamais une fatalité : elles méritent d’être prises en charge.  Bien vivre son cycle menstruel fait aussi partie de la santé… et de la performance. 


Le saviez-vous ?

Cinq idées reçues sur la natation et les règles

« Les règles s’arrêtent dans l’eau. »

✘ Faux. La pression de l’eau diminue temporairement l’écoulement, mais les menstruations ne s’interrompent pas. Le flux reprend à la sortie du bassin ;

« On ne peut pas participer à une compétition pendant ses règles. »

✘ Faux. La plupart des nageuses peuvent s’entraîner et concourir normalement. Si des douleurs ou une fatigue importante sont présentes, une prise en charge anticipée avec le professionnel de santé est utile ;

« Le chlore augmente le risque d’infection. »

✘ Faux. Chez une femme en bonne santé, la baignade en piscine ne favorise pas les infections gynécologiques. Une bonne hygiène et une protection adaptée suffisent ;

« Les performances sont toujours moins bonnes pendant les règles. »

✘ Faux. Les études ne montrent pas qu’une phase du cycle menstruel est systématiquement associée à une baisse des performances. Les différences sont surtout individuelles et liées aux symptômes ressentis. Des solutions thérapeutiques existent en cas de règles très abondantes avec ou sans caillots, qui s’accompagnent d’une carence en fer ;

« Une sportive qui n’a plus ses règles est en excellente condition physique. »

✘ Faux. La disparition des règles peut être le signe d’un déficit énergétique relatif (REDs) et mérite toujours une évaluation médicale.

Doc du Sport