CÔME GIRARDOT : « Le CômeBack, c’est la preuve qu’il est possible de revenir »

En octobre 2024, Côme Girardot est au sommet. Champion du monde par équipe, détenteur de plusieurs records du monde, il s’apprête à viser un titre individuel. Un saut tandem de 34 mètres change tout : fracture et luxation de deux vertèbres. Un accident qui aurait pu le laisser paralysé à vie. Quelques mois plus tard, il est pourtant de retour. Après une rééducation intense, il retrouve les falaises, puis repousse une nouvelle fois les limites de son sport en réalisant une première mondiale : un døds depuis un iceberg au Groenland. Cette incroyable reconstruction est au cœur de son documentaire, Le CômeBack, dans lequel il partage les coulisses de son combat, sa résilience et son envie de transformer cette épreuve en source d’inspiration.

Qu’est-ce qui vous fascine dans ce sport extrême, au point d’en faire votre vocation ?

Je faisais déjà du plongeon free-style avant de découvrir le døds. Pendant le confinement, je me suis mis à sauter depuis le cabanon au-dessus de la piscine chez mes parents. J’ai tout de suite aimé les nouveaux axes de rotation qui se présentaient et l’adrénaline que ça m’a procurée. Plus tard, je me suis fait les croisés au ski et c’était alors plus risqué d’atterrir dans l’eau par les pieds à cause de mes genoux plus fragiles. Je me suis donc mis au døds et j’ai très vite progressé dès ma première saison, ce qui m’a procuré beaucoup de plaisir.

En octobre 2024, votre carrière bascule après une fracture et une luxation de deux vertèbres. À quel moment avez-vous compris que le plus grand défi ne serait pas seulement de remarcher, mais de refaire confiance à votre corps ?

Quand j’ai su que j’allais remarcher au réveil de mon opération, j’ai ressenti un grand soulagement de pouvoir bouger mes pieds. J’ai alors entamé un véritable combat pour revenir sur mes pieds au plus vite et me remettre au sport. J’ai le ski comme deuxième passion, on m’a dit que ça allait être compliqué de m’y remettre l’hiver suivant l’opération mais je voulais absolument y parvenir, le ski étant mon échappatoire. Je me suis surmotivé ; fin décem­bre, j’étais sur les pistes et dès janvier, j’ai repris les sauts. J’ai beaucoup travaillé pour y parvenir. Mon chirurgien m’a bien expliqué que je partais avec de bonnes bases en tant que sportif de haut niveau. Psychologiquement, c’était plus compliqué lorsque j’ai traversé quelques phases où je stagnais sans résultat dans ma rééducation. Monter sur les skis m’a procuré du plaisir et de l’adrénaline, ça m’a fait beaucoup de bien. J’ai vu mon corps plus fort malgré mes chutes, ce qui m’a donné confiance. Puis j’ai repris progressivement les døds : au début les sensations étaient mauvaises puis ça s’est débloqué et en moins d’un mois je sautais d’un iceberg…

Qu’avez-vous appris sur vous-même au cours de cette rééducation, tant sur le plan physique que sur le plan mental ?

Quand on veut, on peut ! Il ne faut pas écouter ceux qui nous mettent des limites. Il est possible d’y arriver en travaillant correctement. Beaucoup de gens souffrent et me demandent comment j’ai fait. Il faut se bouger et se mettre à fond dans la rééducation tout en se donnant les moyens. C’est le message que je souhaite faire passer dans mon film documentaire, Le CômeBack.

Vous avez choisi de marquer votre retour par une première mondiale : réaliser un døds depuis un iceberg au Groenland. Que symbolise ce défi ?

J’ai beaucoup réfléchi pendant ma rééducation. Sauter d’un iceberg faisait changer ma façon de sauter, c’était un nouveau défi, différent de celui de chercher de la hauteur. Maintenant, je souhaite faire plus de projets vidéo. J’aimerais professionnaliser le sport et sauter d’un iceberg était un projet que j’avais en tête depuis longtemps. J’ai vite compris pourquoi personne ne l’avait fait tellement c’est compliqué, d’un point de vue aussi bien logistique, financier, humain que technique. C’est un environnement imprévisible, on ne sait pas ce qui se cache sous l’eau et c’est également ce qui représente le mieux mon sport. C’est une discipline où on ne porte pas de combinaison, ça demande d’autant plus de courage ! C’est un peu comme une signature, un saut unique que personne ne refera. 

Anne Odru

Triathlète aventurière - Journaliste du sport et sportive - Formation scientifique en sciences de la nature et de la vie - Rédactrice en chef adjointe

Triathlète aventurière - Journaliste du sport et sportive - Formation scientifique en sciences de la nature et de la vie - Rédactrice en chef adjointe