Courir longtemps, courir mieux… et courir sans se blesser !

Courir longtemps, courir mieux… et courir sans se blesser !
Courir longtemps, courir mieux… et courir sans se blesser !

À l’heure où le trail séduit un public toujours plus large et où les formats longue distance se démocratisent, la prévention des blessures devient un enjeu majeur de performance… mais aussi de santé. Fort de plusieurs décennies d’expérience auprès des meilleurs athlètes français, le Dr Jacques Pruvost livre un constat sans détour : les blessures des champions ressemblent souvent à celles des coureurs amateurs. Il partage les grands principes d’une pratique durable, revient sur les erreurs les plus fréquentes et explique pourquoi la progression passe autant par l’écoute de son corps que par l’entraînement. À l’occasion de la parution de la deuxième édition de Objectif zéro blessure, il rappelle que, en trail, la meilleure performance est souvent celle qui permet de continuer à courir.

Vous avez accompagné pendant des années des athlètes de haut niveau : qu’est-ce qui vous a le plus surpris en comparant leurs blessures à celles des coureurs amateurs ?

Il n’y a pas vraiment de différences. On retrouve des fractures de fatigue quand on dépasse les 60, 70 kilomètres par semaine, c’est la même chose pour les débutants et pour les athlètes de haut niveau. Le plus dur, c’est de les arrêter une fois le diagnostic tombé. Il faut bien penser que ces fractures ont des conséquences différentes chez les ados, les athlètes et les femmes de plus de 45 ans. Il faut faire attention chez les femmes notamment qui peuvent se blesser sans beaucoup pratiquer. Il y a plus d’entorses de cheville chez les traileurs que chez les runneurs à cause du terrain. Ce sont des blessures souvent difficiles à soigner car elles interviennent en montagne et souvent loin de l’arrivée où l’on peut recevoir des soins.

Le titre Objectif zéro blessure peut sembler ambitieux : est-ce réellement atteignable ou s’agit-il surtout d’un changement de culture dans la pratique ?

Il ne faut pas penser qu’on peut se préparer en trail comme en running. On manque plus d’entraîneurs de trail. Courir ne suffit pas. Il faut faire du renforcement, travailler la stabilité et apprendre à courir en descente. On ne peut pas être performant en se blessant. C’est en se fiant à une prévention des blessures très sérieuse qu’on devient meilleur que les autres. Ça peut devenir un sport compliqué car il faut au moins 3 ans d’expérience pour apprivoiser cette discipline. Il faut apprendre à choisir ses chaussures, adapter ses séances, s’écouter… Courir, c’est naturel ; bien courir, ça s’apprend.

Quelles sont aujourd’hui, selon vous, les erreurs les plus fréquentes que commettent les coureurs – en trail comme sur route – en matière de prévention des blessures ?

Il ne suffit pas de courir beaucoup pour être bon. L’entraînement croisé (vélo, natation, muscu en salle) est essentiel. Il faut varier les durées d’exercice pour réussir à s’améliorer, ne pas trop en faire par moments pour éviter d’accumuler la fatigue. En fonction de l’âge, il faut se faire accompagner (plus de 40 ans) et faire attention de ne pas s’y mettre du jour au lendemain.

Votre ouvrage insiste sur le repérage précoce des douleurs : comment un coureur peut-il distinguer une gêne « normale » d’un signal d’alerte à ne pas négliger ?

Ce n’est pas normal d’avoir mal au même endroit pendant 3 jours et de boiter.

C’est pour ça qu’il faut privilégier le vélo, la natation et la marche nordique de temps en temps. Il faut apprendre de ses douleurs ; on évolue et on progresse avec le temps, la règle des 3 jours est révélatrice. Pensez bien à la règle des 3 R : régularité, raisonnable et raisonné. Il faut analyser, réfléchir à ce qu’on a fait et adapter pour ne pas toujours faire la même chose. Sinon on s’épuise et on ne progresse pas.

Avec l’essor du trail et des formats très longue distance, observez-vous de nouvelles pathologies ou une évolution des profils de blessures chez les coureurs ?

C’est la banalisation de la pratique qui me fait le plus peur. Vouloir faire du long comme tout le monde alors qu’il faut se préparer convenablement. Ce ne sont pas des challenges à prendre à la légère, il faut faire attention à soi et à sa santé. La tendance sociologique autour de l’ultra est inquiétante.

On parle beaucoup de renforcement musculaire, de récu­pération ou encore de charge d’entraînement : quel levier vous paraît-il aujourd’hui le plus sous-estimé pour éviter les blessures ?

L’entraînement croisé est largement sous-estimé même s’il ne faut pas en abuser. Consommer avec modération pour ne pas provoquer une surcharge de travail. La récupération est importante et ne signifie pas ne rien faire : il faut marcher, faire du renfo, de l’elliptique, bouger !


OBJECTIF ZÉRO BLESSURE

Prévenir, repérer et prendre en charge les différentes pathologies du coureur – 2e édition

Objectif zéro blessure
s’adresse à l’immense majorité des coureurs, à toutes celles et à tous ceux qui souhaitent pratiquer régulièrement tout en limitant l’impact négatif sur leur corps, depuis le coureur loisir jusqu’au compétiteur très longue distance. Les petites gênes, les douleurs chroniques ou encore les blessures récurrentes ne sont pas une fatalité.

Cet ouvrage va vous apprendre à les repérer, les décrypter et à mettre en place des outils de prévention. Écrit par une équipe pluridisciplinaire de soignants qui travaillent au quotidien avec les meilleurs athlètes français, il dresse un inventaire de l’ensemble des pathologies du coureur
et de leur prise en charge. Avec Objectif zéro blessure, préservez-vous des blessures à court,
moyen et long terme !

Prix : 24 €

Anne Odru

Triathlète aventurière - Journaliste du sport et sportive - Formation scientifique en sciences de la nature et de la vie - Rédactrice en chef adjointe

Triathlète aventurière - Journaliste du sport et sportive - Formation scientifique en sciences de la nature et de la vie - Rédactrice en chef adjointe