Le RED-S : une menace silencieuse trop souvent méconnue

Le RED-S : une menace silencieuse trop souvent méconnue
Le RED-S : une menace silencieuse trop souvent méconnue

Par le docteur Anthony Raymond, cardiologue du sport à Annecy

Qu’est-ce que le RED-S ?

Le RED-S, ou Relative Energy Deficiency in Sport, est un syndrome qui survient chez les sportifs lorsque, sur le long terme, leurs apports nutritionnels ne couvrent pas suffisamment leurs besoins énergétiques, largement augmentés par l’activité physique. Il en résulte un déséquilibre de la balance énergétique qui entraîne une « mise en veille » de certaines fonctions essentielles de l’organisme pouvant donc avoir des conséquences graves sur la santé ainsi que sur les performances des sportifs.

Origine et évolution de ce concept

Le RED-S est l’héritier direct de la « triade de l’athlète féminine » décrite pour la première fois dans les années 1990. Cette triade était définie par une insuffisance d’apports alimentaires, des troubles du cycle menstruel et une faible densité minérale osseuse.

Ce modèle avait le mérite de sensibiliser à une problématique jusque-là trop souvent méconnue, mais il s’avérait incomplet, notamment parce qu’il concernait seulement les femmes. C’est pourquoi le Comité international olympique (CIO) a proposé en 2014 une redéfinition sous le terme « RED-S » incluant également les hommes, des répercussions physiologiques beaucoup plus nombreuses, et la reconnaissance que ce déficit peut être conscient (restriction volontaire) ou inconscient (mauvaise gestion des apports).

Ce changement de paradigme a permis de mieux identifier et documenter une problématique très fréquente dans le sport de haut niveau, mais encore fréquemment ignorée, que ce soit par le sportif lui-même, son entourage, et même les professionnels de santé.

À quel point est-il fréquent ?

Le RED-S reste sous-diagnostiqué, faute de critères simples ou encore d’outils de dépistage systématique. Les études disponibles estiment qu’il toucherait entre 15 et 30 % des sportifs de haut niveau. Dans certains sous-groupes (danse, gymnastique, aviron, marathon), les taux peuvent dépasser 40 %.

Mais cela peut toucher absolument tous les sportifs soumis à un volume d’entraînement important, quels que soient l’âge, le sexe, la discipline, le caractère professionnel ou amateur. Cependant, le risque de développer un RED-S peut varier en fonction de différents facteurs :

  • Le sexe : les femmes sont environ 3 à 4 fois plus touchées que les hommes, notamment en raison de facteurs hormonaux et sociaux (pressions, idéaux de beauté…) ;
  • La tranche d’âge : les enfants et les adolescents sont davantage concernés car leurs besoins nutritionnels sont augmentés du fait de leur croissance ;
  • Le type de discipline : le risque est particulièrement élevé dans les sports d’endurance (course à pied, cyclisme), les sports à catégories de poids (judo, lutte, boxe) et les sports à composantes esthétiques (danse, gymnastique, patinage artistique) où la pression sur le poids et l’image corporelle est majeure.

Quelles sont les manifestations cliniques du RED-S ?

Les signes d’alerte sont souvent discrets et variés. Ils rendent le diagnostic parfois difficile. Cependant, certains signes doivent alerter :

  • Dérèglement hormonal : chez les jeunes femmes, des cycles menstruels irréguliers ou absents. Chez les hommes, une éventuelle baisse de la libido ;
  • Perturbation de la croissance et/ou de la puberté chez l’adolescent ;
  • Fatigue chronique et manque de récupération ;
  • Troubles psychologiques : irritabilité, anxiété, trouble de la concentration ou du sommeil, baisse de motivation, voire véritable syndrome dépressif… ;
  • Blessures à répétition, baisse de la densité minérale osseuse avec un risque de fracture de fatigue ;
  • Diminution des performances ;
  • Susceptibilité aux infections

Ces manifestations sont trop souvent attribuées à tort à d’autres causes comme la fatigue, la surcharge d’entraînement, le stress ou encore le manque de sommeil, ce qui explique en partie les retards diagnostiques fréquents.

Prise en charge

La prise en charge du RED-S est globale et fait intervenir de nombreux acteurs, en premier lieu le médecin traitant. Elle repose avant tout sur le dépistage avec la recherche d’une éventuelle variation de poids, des irrégularités des cycles menstruels et l’historique de blessures… À noter qu’il existe désormais des questionnaires spécifiques (LEAF-Q, RED-S CAT).

Au moindre doute, un bilan médical complet doit être réalisé avec notamment la possibilité d’effectuer un bilan hormonal, une surveillance de la densité osseuse, un suivi cardio-vasculaire et un bilan nutritionnel.

En cas de RED-S confirmé, la prise en charge est pluri­disciplinaire et individualisée :

  1. Intervention nutritionnelle : rééquilibrage progressif des apports caloriques, adaptés à la charge d’entraînement, répartition équilibrée des macronutriments… Une éducation nutritionnelle de l’athlète et de son entourage est également essentielle ;
  2. Adaptation de l’entraînement : réduction temporaire de la charge pour permettre une récupération métabolique et hormonale. Retour progressif à la normale selon l’évolution clinique et biologique ;
  3. Prise en charge psychologique : un des éléments clés de la prise en charge, indispensable en cas de troubles du comportement alimentaire, de relation conflictuelle avec l’image corporelle ou de détresse psychologique. L’intervention d’un psychologue ou psychiatre spécialisé dans le sport peut se révéler utile. 

Conclusion

Le RED-S est une entité clinique encore fréquemment méconnue mais aux conséquences considérables pour la santé et la performance des sportifs. Il ne concerne pas seulement les sportives de haut niveau : tous les athlètes peuvent être touchés quels que soient le sexe, l’âge ou la discipline. Les conséquences sur l’organisme sont nombreuses et potentiellement graves. Ainsi, il est important d’apprendre à en reconnaître les signes d’alerte pour permettre ensuite une prise en charge globale et individualisée dans le but d’assurer les performances mais aussi et surtout la bonne santé des sportifs.

Doc du Sport