Les blessures dans le football

Les blessures dans le football
Les blessures dans le football

Le football est le sport le plus pratiqué dans le monde avec 270 millions de pratiquants (en France 2,4 millions) dont 30 millions de femmes (en France : 250 000). La survenue des blessures dans le football doit faire craindre un impact sur la santé publique, notamment sur l’absentéisme scolaire et sur les arrêts de travail en entreprise. Dans le haut niveau européen, en moyenne 84 % des joueurs sont disponibles, autrement dit dans une équipe de 25 joueurs, il manque environ 4 joueurs à chaque match. Dans le milieu du football professionnel, il existe 6 à 10 fois plus de blessures dans un match par rapport à l’entraînement et elles sont plus graves.

Par le docteur Emmanuel Orhant, directeur médical de la FFF

lus le niveau sportif augmente, plus la survenue des blessures est grande. Dans le football féminin de haut niveau, une plus grande proportion des lésions survient à  l’entraînement. Depuis quelques années, les qualités physiques et techniques des athlètes grandissent. L’individualisation, l’analyse des datas dans la gestion des charges à l’entraînement et pendant les matches, la surveillance des données de course, de sauts, la connaissance de la progression de la force sont à l’origine d’un changement des localisations et des types de blessures. La qualité et la quantité des entraînements ont un impact sur les lésions. Plus les staffs techniques et médicaux sont compétents avec un vrai désir de communication, plus l’impact sur la réduction des blessures est grand. La surveillance des blessures qui surviennent lors des 550 000 matches par an en France permet d’établir un lien entre le nombre de lésions et le niveau de pratique des joueurs.

Des blessures sur tous les terrains

Il existe un risque de blessures accru de 67 % entre le  niveau départemental (81 % des matches en France) et le niveau régional. Le risque supplémentaire est de 39 % entre le niveau régional et national (3,3 % des matches). L’impact du terrain n’existe pas. Contrairement aux croyances, il n’y a pas plus de blessures sur un terrain synthétique (35 % des matches en France) que sur un terrain naturel (62 % des matches). Il vaut mieux jouer sur un bon terrain synthétique que sur un mauvais terrain en herbe. Aucun lien n’existe avec les conditions climatiques (pluie, froid, chaleur). Plus le footballeur vieillit, plus le risque de blessures augmente. En revanche, la congestion des matches est un facteur de risque démontré. En dessous de 3 jours entre 2 matches, le risque de se blesser est très important. La fatigue physique et psychologique, les nombreux déplacements, les problèmes de récupération, l’absence de repos et l’absence de vacances en hiver sont des facteurs de risques avérés. Il est facile d’extrapoler ces difficultés dans le football amateur mais être fatigué par sa vie professionnelle ou personnelle entraîne un risque supplémentaire de lésion. La mauvaise hygiène de vie, le stress, les troubles du sommeil, une mauvaise alimentation et une hydratation insuffisante sont responsables de lésions chez tous les footballeurs.

Répartition des blessures

Les blessures dans le football de haut niveau (femmes et hommes) se trouvent dans 87 % au niveau des membres inférieurs. La première se situe aux cuisses (entre 28 et 37 % des blessures). Puis 15 % des lésions surviennent aux genoux et enfin 13 à 14 %, aux chevilles. La tête est touchée dans 3 à 4 % des cas. Chez la femme, le risque de commotion cérébrale est multiplié par 2 par rapport aux hommes, mais les conséquences sont plus graves chez ces derniers avec des symptômes qui persistent plus longtemps. Chez les amateurs, 76 % des blessures sont au niveau des membres inférieurs et 7 % au niveau de la tête. Le risque de commotion est important chez les amateurs. Les conséquences d’une commotion chez un joueur amateur ont un impact certain sur la vie personnelle et professionnelle qui n’est pas encore évalué. Chez ce dernier, la blessure survient surtout au niveau des chevilles. Chez les jeunes, les chevilles sont le plus souvent touchées.

Si on analyse le type de blessure, dans le haut niveau, 30 à 50 % des blessures sont musculaires. Il s’agit dans 90 % de blessures sans contact. Les muscles ischio-jambiers sont les plus touchés chez les hommes (30 % des cas) alors que chez les femmes, il y a autant de lésions du quadriceps que des ischio­jambiers. Dans le haut niveau européen, les lésions musculaires, notamment de l’arrière de la cuisse, augmentent de 4 % chaque année. Même si les blessures musculaires sont de mieux en mieux gérées, leur nombre et surtout l’importance des récidives sont à l’origine d’une augmentation du fardeau pour les équipes. Les rechutes musculaires représentent entre 12 et 16 % de toutes les blessures. 50 % de ces récidives surviennent dans les 25 jours suivant la reprise.

Les lésions ligamentaires représentent 15 à 21 % des blessures. Elles diminuent régulièrement chez les hommes grâce à la prévention et de façon très importante chez les femmes. Les traumatismes directs (hématome et contusion) constituent le troisième type de blessure. Les lésions tendineuses ne représentent que 11 % des blessures. Les fractures surviennent dans 4 % des cas. Chez les jeunes, les lésions ligamentaires de chevilles (50 % des cas) dominent devant les contusions et les fractures (3 à 5 %). Les pathologies de croissance dans les académies de football ne représentent que 2 % de toutes les blessures.

Les membres inférieurs les plus touchés

Les blessures des genoux sont surtout ligamentaires (35 % des cas). Le ligament collatéral médial est le plus touché. Mais la lésion du ligament croisé antérieur est la plus grave. Le risque est multiplié par 2 à 3 chez la femme, avec un pic entre 15 et 19 ans. L’arrêt du sport dans ce cas se situe autour de 9 mois chez les footballeurs professionnels masculins mais à 11 mois chez les femmes. Certes, il existe un taux important de reprise du football à 1 an (96 % chez les hommes et 87 % chez les femmes). Dans le football amateur, entre 55 et 65 % des sportifs reprennent la compétition. Le risque de récidive sur un des deux genoux est important, autour de 18 % dans le haut niveau masculin. Il est très préoccupant chez la femme avec un risque de 42 % de rechute dans les 5 à 10 ans. Il faut aussi avoir à l’esprit les conséquences à moyen terme puisque, à 3 ans, seulement 50 à 65 % des professionnels jouent encore au même niveau.

Les chevilles sont les plus touchées dans le football amateur. Entre 71 et 81 % de toutes les blessures de la cheville sont des entorses. Les ¾ touchent les ligaments latéraux. La proportion de ce type de blessure baisse de 3 % par an depuis 11 ans dans le football européen grâce à la prévention. Dans le football amateur, l’échauffement « FIFA 11+ » et l’ESVP (échauffement structuré à visée préventive) de la FFF ont permis de réduire de façon significative la survenue des blessures.

La pubalgie désigne une pathologie du pubis qui touche les muscles adducteurs, de l’abdomen, la symphyse pubienne. Il peut exister une fragilité abdominale du type « hernie du sportif ». Les pubalgies représentent entre 4 et 19 % de toutes les blessures. Il s’agit d’une pathologie surtout masculine mais elle survient dans le football féminin. La prise en charge est difficile avec de nombreuses rechutes, surtout dans le football amateur. Dans le football professionnel, 58 % des joueurs avec des antécédents de pubalgie jouent encore avec des douleurs.

Conclusion

Il faut avoir conscience que les données épidémiologiques doivent être analysées par des spécialistes pour éviter les croyances et les mauvaises utilisations. Les datas médicales dans le football moderne permettent d’analyser les blessures, leurs modes de déclenchement, leurs facteurs de risque. Ces données doivent orienter la prévention. Le travail collaboratif des staffs techniques, des préparateurs physiques et des staffs médicaux a permis de réduire considérablement la survenue des blessures. Le but de la prévention est d’améliorer les performances, d’éviter les blessures et l’absence qui en découle. Ce qui est essentiel, c’est la disponibilité des athlètes pour les matches. Le fardeau de la blessure a un impact sur la vie personnelle du joueur mais aussi sur sa vie sportive. On peut avoir de nombreuses blessures dans un club mais si elles ne sont pas graves, l’absence sera de courte durée. 18 % des blessures entraînent un arrêt de moins de 3 jours, 24 % entre 4 et 7 jours. L’impact est donc peu important et le fardeau pour le joueur et le club, faible. Cependant, les blessures entraînant 8 à 28 jours d’arrêt sont nombreuses (56 %) et 2 % sont à l’origine de plus de 28 jours d’absence. Le fardeau est réel pour le joueur, pour le club et la conséquence économique, importante. Dans le milieu amateur, les longues absences ont un impact sur la scolarité et sur les arrêts de travail au niveau professionnel. Les blessures graves, récidivantes et chroniques sont celles où les médecins jouent un rôle essentiel. La communication des staffs médicaux avec les athlètes et les staffs techniques doit aider à mettre en place une prévention primaire et secondaire essentielle et une meilleure prise en charge des blessures. 

Doc du Sport