Le retour au football après rupture du ligament croisé antérieur du genou

Le retour au football après rupture du ligament croisé antérieur du genou
Le retour au football après rupture du ligament croisé antérieur du genou

La rupture du ligament croisé antérieur (LCA) est une blessure fréquente chez les footballeurs, nécessitant souvent une ligamentoplastie pour restaurer la stabilité du genou. Après une reconstruction du LCA (LCRA), l’objectif général est de reprendre le sport le plus rapidement possible, de préférence au même niveau qu’avant la blessure, tout en préservant le risque de nouvelle rupture. Pour accroître les chances de réussite et de sécurité de la reprise du sport, des critères spécifiques ont été élaborés.

Par le docteur Pascal Maillé, Centre médical du CNF Clairefontaine FFF

Les études montrent que dans la population de footballeurs amateurs, 80 % reprennent le football mais seulement 50 % au même niveau. Chez les professionnels, 97 % reprennent au niveau pré-blessure mais seulement entre 63 et 65 % restent à leur niveau à 3 ans et 22 % jouent à un niveau inférieur. Le taux de rechute dans les 3 ans est de
6 à 10 % dans la population générale et autour de 25 % chez les moins de 20 ans.

La tendance actuelle est d’avoir un continuum de rééducation plus qu’un calendrier et des critères de reprise de sport objectivés par des évaluations tout au long de la rééducation sur les critères quantitatifs et qualitatifs. La confiance qui est évaluée par le score ACL-RSI apparaît comme discriminante pour la reprise du football au même niveau.

L’échelle ACL-RSI s’est avérée valide et fiable

Après une reconstruction du LCA, le score psychologique ACL-RSI augmente progressivement en cours de suivi et est fortement et significativement lié au retour au sport.

Dans leur étude, Sadeqi et al. (2018) ont observé qu’un athlète de haut niveau ayant subi une reconstruction primaire sans complications postopératoires et avec un score ACL-RSI à 6 mois ≥ 60 est significativement plus susceptible de reprendre le même sport pré-lésionnel 2 ans après la chirurgie.

L’échelle ACL-RSI est valide pour une utilisation chez les enfants et les adolescents.

Le critère temps reste un élément finalement incontournable, en particulier pour les plus jeunes où la littérature a montré que chaque mois entre 8 et 12 mois a diminué significativement le taux de rechute, ce qui nous conduit aujourd’hui à n’autoriser une reprise des sports de pivots aux plus jeunes qu’entre 10 et 12 mois postopératoires.

En 2024, un symposium de la Société Francophone d’Arthroscopie a mis en évidence que le taux de retour au jeu au même niveau est favorablement influencé par le fait d’avoir bénéficié d’une phase de réathlétisation avec des exercices spécifiques du sport concerné dans son parcours de rééducation.

Une reprise en douceur adaptée

De nombreux critères pour le retour au sport (RTS) ont été proposés, certains se basant sur le temps écoulé depuis la LRCA comme seul critère de RTS, d’autres préconisant de combiner le temps avec des critères subjectifs et objectifs. 

Les tests les plus fréquemment décrits sont l’évaluation clinique, les tests de force isocinétique, les tests fonctionnels tels que les hop tests, et les questionnaires subjectifs associés tels que l’ACL-RSI.

Ce combo est aujourd’hui le minimum à envisager pour tout footballeur amateur.

Pour le test isocinétique, les critères retenus seront une asymétrie de force entre le côté sain et le côté opéré inférieure à 15 % pour le quadriceps et les ischio-jambiers en étant attentif au ratio poids de corps qui doit être de 3N/kg chez un footballeur et à l’aspect qualitatif des courbes (accident de courbe et pic de force le plus en course externe possible sur le test excentrique des ischio-jambiers).

La batterie de hop tests (hop test, triple hop test, cross over test) qui a été validée par la littérature s’intéressera là encore a l’asymétrie dans la performance réalisée entre le côté sain et le côté lésé mais aussi à l’aspect qualitatif du contrôle du genou et de la bonne synchronisation des ceintures scapulaire et pelvienne. Enfin, le score ACL-RSI devra être au-delà de 70 %.

Le protocole à suivre

Nous avons avec ces 3 tests les 3 axes incontournables que sont la force, le contrôle biomécanique du genou et l’évaluation psychologique.

Les équipes lyonnaises REATHLETIC® et Santy ont développé un combo appelé « K-STARTS » qui reprend les éléments précités complétés par un Side Hop Test et un test en étoile Illinois modifié.

À la fin de ces tests, un score composite fonctionnel sur
100 points est calculé ; il permet d’évaluer les capacités physiques et psychologiques du sportif pour déterminer s’il est prêt à reprendre un entraînement spécifique ou non, en utilisant des valeurs cut-off scientifiquement établies.

À partir de là, un programme est défini pour corriger les éléments restant déficients ou pour définir la reprise du football avec le groupe d’entraînement avec une évaluation du nombre de séances nécessaires.

Les tests K-STARTS sont souvent réalisés dans des conditions standardisées, avec un environnement contrôlé qui ne reflète pas la réalité du terrain. Or, le retour au sport implique de multiples facteurs tels que : les irrégularités du terrain, les réactions imprévues face à un adversaire, la fatigue progressive au cours d’un match ou d’un entraînement.

Au centre médical de Clairefontaine, nous avons estimé que pour un joueur de football de haut niveau ces critères n’étaient pas suffisamment spécifiques, ni suffisamment complets pour évaluer la capacité d’un joueur à réintégrer son groupe professionnel et à performer.

Pour cela, nous avons défini à partir de la littérature internationale un pack d’évaluation intitulé « 11 to Perf », destiné aux joueurs professionnels, qui va tenir compte des caractéristiques nécessaires en fonction du niveau de compétition, du poste occupé sur le terrain, des données du joueur pré-blessure et des exigences du groupe qu’il doit réintégrer.

Les 11 items sont :

1 – Bilan psychologique : ACL-RSI et entretien avec le psychologue du sport pour un aspect plus qualitatif que ce simple score ;

2 – Bilan énergétique : Test d’effort avec évaluation de la VMA et des seuils ventilatoires ;

3 – Bilan de force par un test isocinétique avec évaluation des asymétries de force mais aussi des allures de courbe et des ratios force/poids de corps ;

4 – Tests de sauts verticaux et horizontaux tels que hop test et test sur plateforme de force (CMJ, drop jump, squat jump et landing en situation de fraîcheur et de fatigue) ;

5 – Tests de changement de direction (T-test, 5-0-5 Agility test) ;

6 – Tests de vitesse (répétition de sprint, profil force vitesse, curve test) ;

7 – Analyse de la fatigue (qualité des sauts et du maintien de performances en vitesse en état de fraîcheur et de fatigue) ;

8 – Évaluation neurocognitive (évaluation de l’introduction du chaos selon Taberner sur les tests avec changement de direction aussi bien en qualitatif qu’en quantitatif) ;

9 – Simulation des contraintes d’un match sur 45 min sous forme d’ateliers enchaînés sur tout type de course, des duels, du jeu de tête, pivot avec analyse des datas par GPS ;

10 – Bilan de la charge de travail de la semaine comparée à celle du groupe de joueurs à réintégrer ;

11 – Mise en place des routines de prévention et communication avec le staff du joueur.

Ce combo de tests permet d’avoir une photographie complète pour finaliser la préparation individuelle et faciliter la reprise progressive avec le groupe.

Une étroite communication avec l’équipe de Clairefontaine, le joueur et le staff du joueur (médecin, kinésithérapeute, préparateur physique, technicien) est nécessaire pour optimiser par des objectifs coordonnés et communs cette phase de reprise. Depuis la mise en place de cette batterie de tests, les retours sont positifs aussi bien de la part des staffs médicaux qui sont confortés dans leur choix, que de celles des joueurs qui apprécient cette évaluation multifactorielle avec un taux de rechute inférieur à la moyenne sans que la taille de l’échantillon nous permette une validation scientifique.

En conclusion

Chez les plus jeunes, la patience est primordiale pour amener les adolescents à une reprise du football entre10 et 12 mois après leur ligamentoplastie. La reprise du football après ligamentoplastie du LCA nécessite même chez les amateurs une évaluation musculaire, fonctionnelle et psychologique.

Chez le joueur de haut niveau, cette évaluation doit être plus complète et correspondre au niveau du joueur et du groupe qu’il doit réintégrer. Une phase de réathlétisation spécifique du sport pratiqué est nécessaire pour optimiser les chances de reprendre au moins au niveau initial et limiter les risques de rechute ou de sur-blessure.

La décision finale dans les sports collectifs appartiendra toujours à l’entraîneur et pourra être influencée par des données non médicales et fonctionnelles telles que le statut du joueur dans l’équipe, la concurrence ou pour les professionnels la situation contractuelle. 

Doc du Sport